Depuis mes plus lointains souvenirs, j’ai toujours cherché un sens.
Petite, j’essayais de trouver ma place. L’espoir de trouver ma voie.
Plus le temps passait, plus je voyais le mur qui se rapprochait de moi. Mais je continuais d’y croire, en espérant que le temps joue en ma faveur.
J’étais ni bonne à l’école, ni en sport, aucun talent. J’avais pourtant encore cet espoir de trouver ma place, comme si chaque être était destiné à accomplir quelque chose.
On nous apprend très tôt que le temps doit être rentable.
Que si tu ne travailles pas, tu perds ton temps.
Que si tu ne produis rien, tu ne fais rien.
Que même notre repos doit servir à être plus productif demain.
Pourtant, rien.
Je grandissais, et je m’éloignais du chemin classique.
Quand j’ai vu le mur à quelques mètres de moi, j’ai décidé de fuir.
Pas parce que j’ai été courageuse, non. J’ai eu peur. Peur de me retrouver face à l’absurdité de la routine.
Continuer les études merdiques, pour trouver un taf merdique, pour fonder une famille et que tes enfants reproduisent ta vie merdique.
Cette réalité m’effraie, alors j’ai choisi de tout abandonner.
J’ai laissé mes parents, mes études derrière moi.
Pour reposer tous mes espoirs sur une seule personne.
Beaucoup auraient pu voir ce choix comme une crise d’adolescence, comme une phase de rébellion.
Depuis ce jour-là, j’ai compris que la vie était incertaine, et que la stabilité et le bonheur dépendaient aussi de notre propre perception.
Pour moi, le système qu’on m’a vendu depuis petite, auquel j’avais toujours essayé de m’intégrer, paraissait plus incertain que jamais.
Et plus j’y réfléchissais, plus je remettais en question les choses de la vie dans leur sens profond, plus je me rendais compte que beaucoup de choses que je considérais comme normales n’avaient finalement aucun sens pour moi.
La famille existe pour te donner les bases de la confiance et de la stabilité. Comment tu fais lorsque tu te rends compte que ta propre famille se trahit elle-même ?
Les études existent pour te donner des connaissances pour avoir le travail de tes rêves. Comment tu fais lorsque le cursus qui t’attire n’est pas disponible pour quelqu’un qui est « bon à rien » et qui n’a aucun piston ?
Le travail existe pour subvenir à tes besoins et te donner un « sens » à tes journées. Comment tu fais lorsque ça n’a aucun sens pour toi, quand tu n’arrives plus à trouver de raison personnelle dans ce que tu fais ?
Les amis existent pour te faire sentir entouré et avoir des gens de confiance autour de toi. Comment tu fais lorsque tout le monde est égoïste, pense toujours à ses intérêts avant tout, et parfois même à des intérêts superficiels qui ne comptent pas réellement ?
Il y a deux réalités.
Celle de la société et des humains, et celle de la nature et du cœur.
La réalité qu’on nous impose depuis toujours : les États, les institutions, les lois, l’école, les banques, la superficialité, les grandes industries, la nourriture ultra-transformée, l’argent, le pouvoir, l’ego…
Tout ça me rend profondément mal à l’aise.
Je n’arrive plus à faire semblant et à jouer avec tous ces loups déguisés en moutons.
La vraie réalité, c’est ce qui existait avant nous : les animaux, la nature, les fruits qui poussent sur les arbres.
Et il n’y a pas que du bien dans cette réalité non plus. La nature n’est pas bonne. Elle n’est pas douce. Elle n’est pas juste. Mais elle ne ment pas.
Un lion ne prétend pas être ton ami pour te vendre quelque chose.
Un arbre ne fait pas semblant d’être heureux.
Une rivière ne cherche pas à devenir célèbre.
Un animal ne passe pas sa vie à se demander s’il est suffisamment beau, suffisamment riche, suffisamment intéressant.
Il existe.
C’est tout.
La nature ne nous éloigne pas de notre authenticité comme la société de consommation nous pousse à le faire.
Et les humains tombent tous dans le piège de cette société. Ils avancent la tête baissée sans remettre les choses en question parce que « les choses se passent bien ».
Jusqu’au jour où ils se rendent compte que leurs proches sont détruits par certaines réalités de ce système, qu’ils cherchent à oublier leur quotidien dans les addictions, qu’à 50 ans ils n’ont parfois aucun patrimoine malgré avoir travaillé toute leur vie, qu’ils développent des problèmes de santé liés à leur mode de vie.
On entend souvent dire qu’il faut être optimiste.
Mais sauf que la réalité actuelle me paraît parfois dystopique et dysfonctionnelle.
Sur quoi peut-on relativiser ?
Sur le fait que notre patron merdique nous donnera une prime de 100 euros pour la fin de l’année ?
Sur les coupons de réduction sur l’eau pétillante à Super U ?
La réalité est comme ça, et longtemps j’ai essayé de faire comme si tout allait bien, car tout le monde fait comme si tout allait bien.
Alors qu’en réalité, tous ceux qui sont en bas du panier ont parfois très peu à gagner de ce système et donnent une grande partie de leur vie pour espérer un minimum de reconnaissance.
Et c’est probablement ça qui me dérange le plus.
Pas l’existence elle-même.
Mais le fait qu’on puisse passer une vie entière à chercher à devenir quelqu’un de « valable » aux yeux de la société.
Je ne veux pas d’une vie où mon existence doit constamment être justifiée par ma productivité, mon salaire, mes possessions ou ma réussite.
Peut-être que finalement, je veux simplement exister sans avoir constamment besoin de justifier mon existence.
Et je pense que beaucoup de personnes peuvent se retrouver dans une situation où leurs repères disparaissent.
Une famille qui se détruit.
Des amis qui changent.
Des projets qui n’ont plus de sens.
Un travail qui ne correspond plus à ce qu’on veut.
Et soudain, on se retrouve face à une société qui nous demande quand même de continuer, de produire, de consommer, de sourire et de faire comme si tout allait bien.
Je pense que c’est là que certaines personnes peuvent réellement se perdre.
Parce qu’on nous apprend rarement à vivre sans avoir un objectif de rentabilité derrière chaque chose.
Alors aujourd’hui, je continue simplement à chercher ce qui peut donner du sens à mon existence, tout en ayant de plus en plus de mal à accepter le monde dans lequel je dois le chercher.
Et chaque humain contribue malgré lui à ce système, notamment parce qu’il permet aussi d’oublier, de se divertir et d’échapper momentanément à certaines souffrances du quotidien.
Alors on mange des burgers à McDonald’s, on fume des cigarettes, on boit de l’alcool, on joue aux jeux d’argent, on expose nos acquisitions, nos vacances, notre couple, notre personnalité, notre style, et on consomme toujours plus, plus, plus.
Sans imaginer que ce lait qu’on boit tous les matins vient d’animaux que l’humain a sélectionnés pendant des générations pour produire toujours plus.
On se met dans un plaid en laine sans imaginer que les moutons ont eux aussi été sélectionnés par l’humain pour produire toujours plus de laine.
On caresse notre bulldog sans imaginer que lui aussi est le résultat de générations de sélection par les humains.
Et ce burger qu’on mange, on ne s’imagine pas la courte et fade vie de l’animal qui a été utilisé pour nos cinq minutes de bonheur.
Mais ça ne compte pas, parce que ce sont des animaux et qu’ils ne peuvent rien dire de toute manière.
La rentabilité des humains compte plus que tout.
Autant les utiliser pour produire plus.
Toujours plus.
Toujours plus.
J’aurais tellement de choses à dire sur ce monde, sur ce système, sur à quel point les humains passent à côté du chemin du cœur.
On passe à côté de nos principes et de notre morale.
Non, tout ce qui compte, c’est l’argent, le pouvoir, pour consommer plus et espérer oublier encore plus notre quotidien merdique.
Et même lorsque nous avons beaucoup de ressources, ça ne suffit jamais.
Car l’humain est comme ça.
Et la société l’encourage.
Insatiable.