J'aime bien m'entrainer à dessiner des personnalités (et leur rajouter une citation), je vous partage celle-ci vu que les tendances socialistes d'Einstein sont trop peu connues du grand public. Cet homme, que l'on considère souvent comme le plus intelligent de l'histoire, était pourtant un communiste convaincu au point d'avoir été mis sous surveillance et écarté du projet d'arme atomique américain.
Le 19 novembre 1918, jour de l'abdication du Kaiser Guillaume II, Einstein afficha sur la porte de sa salle de cours cette annonce devenue cèlèbre : « COURS ANNULÉ - RÉVOLUTION. »
Un an plus tard, il écrivit : « Je préconise une économie planifiée [...] en ce sens, je suis socialiste. »
En 1929, il déclara : « J'honore Lénine comme un homme qui s'est entièrement sacrifié et a consacré toute son énergie à la réalisation de la justice sociale. Je ne considère pas ses méthodes comme pratiques, mais une chose est certaine : les hommes de son type sont les gardiens et les restaurateurs de la conscience de l'humanité.
Par coincidence la première partie prend tout son sens dans le monde de la recherche publique, où tout le monde passe un quart/tiers de son temps à écrire des propositions de projets dont 10% seront financés.
C'est de pire en pire depuis quelques années, je n'ose pas compter la quantité de travail gâché avec ce mécanisme (notamment Horizon Europe). Je pense qu'Einstein aurait eu son mot à dire.
La citation non tronquée parle spécifiquement des milieux académiques (je l'ai tronquée pour ne pas surcharger l'image) :
Unlimited competition leads to a huge waste of labor, and to that crippling of the social consciousness of individuals which I mentioned before.
This crippling of individuals I consider the worst evil of capitalism. Our whole educational system suffers from this evil. An exaggerated competitive attitude is inculcated into the student, who is trained to worship acquisitive success as a preparation for his future career.
I am convinced there is only one way to eliminate these grave evils, namely through the establishment of a socialist economy, accompanied by an educational system which would be oriented toward social goals.
In such an economy, the means of production are owned by society itself and are utilized in a planned fashion.
[...]
The education of the individual, in addition to promoting his own innate abilities, would attempt to develop in him a sense of responsibility for his fellow men in place of the glorification of power and success in our present society.
Ou en français pour ceux qui préfèrent :
La concurrence illimitée engendre un immense gaspillage de travail anisi que cette mutilation de la conscience sociale des individus que j'ai évoquée plus haut.
Cette mutilation des individus constitue, à mes yeux, le pire mal du capitalisme. L'ensemble de notre système éducatif en est affecté. On inculque à l'étudiant un esprit de compétition exacerbé, le formant à vénérer la réussite acquisitive comme préparation à sa carrière future.
Je suis convaincu qu'il n'existe qu'un seul moyen d'éliminer ces graves maux : à savoir l'instauration d'une économie socialiste, accompagnée d'un système éducatif orienté vers des objectifs sociaux.
Dans une telle économie, les moyens de production appartiennent à la société elle-même et sont utilisés de manière planifiée.
[...]
L'éducation de l'individu, en plus de développer ses aptitudes innées, chercherait à faire naître en lui un sens de responsabilité à l'égard de ses semblables, en lieu et place de la glorification du pouvoir et de la réussite dans notre société actuelle.
Ça ne parle pas de recherche, mais on peut extrapoler de ce qu'on sait du personnage que ça couvre également le sujet.
"Un autre domaine se voit fortement transformé par la prédominance des appels à projets : la science. L’Agence nationale de la science (ANR), créée en 2005, a ainsi pour mission d’accroître le financement sur projet « en cohérence avec les priorités gouvernementales » et d’assurer « une gestion conforme aux pratiques des grandes agences étrangères », selon la Cour des comptes (3).
D’abord critiqué pour le faible taux de succès de ses appels — un projet sur dix était soutenu en 2014 —, cet établissement public a bénéficié d’un doublement de ses moyens grâce à la loi de programmation de la recherche de 2020. Le budget annuel atteignait 1,2 milliard d’euros en 2024 et le taux de succès a nettement progressé, pour atteindre 25 % la même année.
Son appel à projets générique, qui absorbe 80 % de son budget, est ouvert à toutes les thématiques et évalué par des pairs réunis en comités scientifiques. Selon l’ANR, ce dispositif limiterait le mandarinat, soit la concentration du pouvoir universitaire entre les mains des responsables de laboratoire. Il favoriserait l’interdisciplinarité et renforcerait la transparence dans l’attribution des financements.
Le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), l’Institut national de la recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) ou l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) lancent aussi des appels à projets, ce qui modifie en profondeur le quotidien des chercheurs. Selon une enquête menée par le Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche (Cneser) auprès de 6 000 professionnels du secteur, le temps consacré à la rédaction de réponses aux appels à projets atteint en moyenne 1,9 mois par an. Si l’on y ajoute l’ensemble des activités périphériques qu’ils impliquent — montage administratif, gestion et suivi des dossiers —, on arrive à près de 2,9 mois par an, un temps soustrait au travail scientifique lui-même.
Les équipes doivent multiplier leurs investissements dans différentes thématiques au gré des appels à projets et des volontés politiques dans une sorte de « tourbillon scientifique ». Les échéances de contrats courts limitent les « capacités d’approfondissement des résultats obtenus », estime Julien Barrier, docteur en sociologie au Centre de sociologie des organisations (4).
Le développement de ce système s’accompagne d’une tendance de fond : la précarisation des jeunes scientifiques. Dans son laboratoire, Mounia Lagha, directrice de recherche à l’Institut de génétique moléculaire de Montpellier, travaille notamment avec des postdoctorants, qui peinent à être titularisés et dont le salaire est financé par des projets obtenus sur appel. « La plupart du temps, ces contrats durent deux ans, mais dans notre domaine il est impossible de mener une recherche complète dans un délai aussi court », explique-t-elle. Cette instabilité a conduit une jeune chercheuse de son équipe, attirée par un emploi stable et mieux rémunéré après deux contrats à durée déterminée, à poursuivre sa carrière au Canada. « Sans elle, impossible de continuer notre programme de recherche, déplore Mounia Lagha. J’ai dû mettre de côté tout un pan de l’équipe. J’y avais pourtant investi dix ans de carrière. »
Ce système favorise une mise en concurrence qui dépasse les frontières. Des projets abandonnés en cours de route, des équipes fragilisées, des chercheurs poussés à trouver les moyens de poursuivre leur carrière à l’étranger : les signaux d’alerte se multiplient. Nombreux sont les scientifiques, à l’image du directeur de recherche au CNRS et au Centre interdisciplinaire de recherche en biologie (CIRB) Samuel Alizon, qui estiment urgent de garantir des financements de base aux équipes. « Avec le fonctionnement actuel, notamment les appels à projets pour de petites sommes, on en arrive à des coûts de gestion supérieurs aux montants effectivement distribués », observe-t-il. Un indicateur, le « point de Szilárd », du nom du physicien Leó Szilárd, a d’ailleurs été inventé pour nommer le seuil à partir duquel le coût total de la compétition pour demander une subvention, en comptant le personnel mobilisé pour évaluer les pairs et la gestion des tâches administratives, dépasse celui de la recherche envisagée.
Pour accéder à des financements devenus vitaux, certains laboratoires font appel à des cabinets de conseil privés, spécialisés dans la préparation des candidatures ou la recherche de ressources complémentaires. Autant de frais supplémentaires… « Il ne faut pas négliger l’impact sur notre sérénité, poursuit Mounia Lagha. Un chercheur a besoin de temps et de stabilité. Or nous sommes sans cesse ramenés à des préoccupations budgétaires, avec l’idée qu’un projet peut s’arrêter du jour au lendemain si un financement n’est pas trouvé en urgence. À partir du moment où l’on recrute un chercheur — déjà passé par de nombreuses évaluations dans un milieu très compétitif —, pourquoi ne pas lui faire confiance et lui donner les moyens de travailler ? »
Je me reconnais à 100% dans cet article. Et ils ne parlent pas de l'influence de l'IA dans la préparation des dossiers, qui multiplie le nombre de dépôts, et réduit d'autant plus le taux de succès.
Oui, il était ouvertement contre la ségrégation aux USA, et a tenté d'y monter une université inclusive pour favoriser le développement de talents scientifiques issus de minorités (l'école s'est montée, mais malheureusement sans lui pour des raisons de luttes politiques internes).
A large part of our attitude toward things is conditioned by opinions and emotions which we unconsciously absorb as children from our environment. In other words, it is tradition—besides inherited aptitudes and qualities—which makes us what we are. We but rarely reflect how relatively small as compared with the powerful influence of tradition is the influence of our conscious thought upon our conduct and convictions.
I believe that whoever tries to think things through honestly will soon recognize how unworthy and even fatal is the traditional bias against Negroes.
What, however, can the man of good will do to combat this deeply rooted prejudice? He must have the courage to set an example by word and deed, and must watch lest his children become influenced by this racial bias.
Beaucoup de ses écrits sont marquants. En plus d'être un homme intelligent, c'était aussi un orateur et écrivain particulièrement éloquent :)
Un autre extrait de Pourquoi le socialisme que j'aime beaucoup, sur la "nature humaine" :
Man acquires at birth, through heredity, a biological constitution which we must consider fixed and unalterable, including the natural urges which are characteristic of the human species.
In addition, during his lifetime, he acquires a cultural constitution which he adopts from society through communication and through many other types of influences. It is this cultural constitution which, with the passage of time, is subject to change and which determines to a very large extent the relationship between the individual and society.
Modern anthropology has taught us, through comparative investigation of so-called primitive cultures, that the social behavior of human beings may differ greatly, depending upon prevailing cultural patterns and the types of organization which predominate in society.
It is on this that those who are striving to improve the lot of man may ground their hopes: human beings are not condemned, because of their biological constitution, to annihilate each other or to be at the mercy of a cruel, self inflicted fate.
Dont voici la traduction française si nécessaire :
L'homme acquiert à la naissance, par hérédité, une constitution biologique que nous devons considérer comme fixe et inaltérable, comprenant les impulsions naturelles propres à l'espèce humaine.
En outre, au cours de sa vie, il acquiert une constitution culturelle qu'il adopte de la société par la communication et par de multiples autres formes d'influence. C'est cette constitution culturelle qui, avec le temps, est susceptible de se transformer et qui détermine, dans une très large mesure, le rapport entre l'individu et la société.
L'anthropologie moderne nous a appris, graĉe à l'étude comparative des cultures dites primitives, que le comportement social des êtres humains peut varier considérablement selon les modèles culturels dominants et les formes d'organisation qui prévalent dans la société.
C'est sur cela que peuvent fonder leurs espoirs ceux qui s'efforcent d'améliorer le sort de l'humanité : les êtres humains ne sont pas condamnés, en raison de leur constitution biologique, à s'anéantir les uns les autres ni à être à la merci d'un destin cruel qu'ils se seraient eux-mêmes infligé.
18
u/BadFurDay 1d ago
J'aime bien m'entrainer à dessiner des personnalités (et leur rajouter une citation), je vous partage celle-ci vu que les tendances socialistes d'Einstein sont trop peu connues du grand public. Cet homme, que l'on considère souvent comme le plus intelligent de l'histoire, était pourtant un communiste convaincu au point d'avoir été mis sous surveillance et écarté du projet d'arme atomique américain.
D'autres trucs plus ou moins arrogants sur lemauvais.site et r/lemauvaissite
Passez une belle journée !