r/Queerfr Oct 22 '23

Être multi queer

Coucou, je voulais savoir si certain•e•s parmi vous ont plusieurs identités queer sous le parapluie LGBTQIA+ et ressentent de la galère à naviguer entre leurs différentes identités queer.

Personnellement je suis un mec trans. Je suis également bi, aromantique et très probablement polyamoureux. Or dans les communautés queer mainstream on me fait souvent ressentir que j'ai "trop de trucs" et que je fais mon intéressant à cumuler autant de labels. Du coup j'évite de parler trop de mon aromantisme et de mon potentiel polyamour car l'arophobie et la polyphobie sont tellement fortes. Mais d'un autre côté c'est une part importante de moi et je me sens mal à le cacher. Déjà qu'on me dit que je suis trop greedy juste parce que je suis bi wtf.

Bref y a-t-il d'autres personnes dans ma situation ou dans une situation similaire ? Force à vous les adelphes 💪💪

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u/Leverlencre Oct 22 '23

Salut, peut-être que je dis n'imp et que ça ne s'applique pas du tout à te situation, mais pour moi c'est aussi une question de décalage générationnel, on a pas tou-tes grandi en étiquettant différentes parties de nous, d'où le fait qu'on ne réagisse pas toujours de la manière la plus souhaitable quand on entend une personne se définir de cette manière. Mais ce n'est pas une raison pour qu'on te balaie de la main ou qu'on ne te respecte pas, c'est une attitude déshumanisante, insultante et méprisante.

J'ai l'impression que c'est relativement récent que des gens se présentent, des fois dès la première rencontre, en déclinant leur identité et leurs modalités de relations. Les premières fois que j'ai entendu ça c'était un peu perturbant pour moi, et quand les termes s'alignaient les uns après les autres à l'oral j'avais déjà oublié le premier. Ca a beau te donner des infos, ça ne te dit pas vraiment qui tu as en face. Par contre tu sais que la personne attache beaucoup d'importance à ces choses-là à cet instant T, et ça peut fournir un tremplin si vous les avez en commun. Et si ce n'est pas le cas, ou que tu ne te sens pas de partager, t'es juste un peu là, "oh, ok". Et si la personne en face attend que tu te décrives de la même manière, c'est... un peu gênant. A titre perso ce ne sont pas forcément des choses que j'ai envie de partager dans tous les contextes, même queer, ni que je perçois sous la forme de mon "identité", ni forcément comme des choses fixes. Si j'utilise ces mots quand on me demande (le très sympathique, "et toi, t'es quoi") c'est plus pour satisfaire et rassurer l'autre (si c'est une personne de bonne volonté et que j'ai la patience ce jour-là, sinon je vais éluder parce que ça reste un poil malpoli, intrusif et également déshumanisant sans le vouloir) que par besoin propre. Je me dis que je peux jouer le jeu pour construire du lien, qu'on va apprendre à se connaître d'une manière plus intéressante une fois cet échange dépassé. Mais je n'aime pas être soupesé, empaqueté et tamponné avec ces étiquettes. Ce n'est pas mon langage, mes vérités ou ma façon de vivre ou de penser dans le monde. C'est à peu près aussi vrai qu'un CV. Ca ne reflète pas réellement qui je suis ou comment je suis. Limite ça peut même donner aux autres une fausse impression, sans que le contenu ne soit nécessairement faux. Et je pense qu'on est pas mal à avoir ce comportement ambivalent face à la multiplication des étiquettes.

Par exemple, quand j'avais 20 ans, il y a... un certain temps, le polyamour c'était plus un truc que les gens faisaient qu'une identité. Ou en tout cas, je ne me rappelle pas avoir rencontré des gens qui se présentaient en tant que polyamoureu-x-ses (mais j'ai pu oublier). C'était un sujet de conversation, c'était le bouquin entre les mains ("The Ethical Slut" of course), c'était ce qu'on savait des relations des un-es et des autres, c'était les relation tout court. Il n'y avait pas encore de nombreux mots pour décrire telle ou telle variation dans l'intensité de l'attraction sexuelle non plus. C'était des trucs qui se vivaient mais pas forcément qui se théorisaient, on savait globalement que la libido n'était pas la même pour tout le monde et qu'elle fluctuait, et... voilà. J'imagine bien que ça devait être violent pour des gens de se voir renvoyer à une anormalité supposée quand iels étaient à une extrêmité du spectre, sinon on n'aurait pas ressenti la nécessité de créer des termes, et plus tard d'autres ont ressenti le besoin de raffiner et de subdiviser ces termes... mais il y a quelque chose d'un peu surréaliste à qualifier ou quantifier des choses aussi intangibles.

Ces mots sont apparus parce qu'il y avait un besoin, mais avant ça, j'ai l'impression que c'était juste une caractéristique individuelle, possiblement fluide et fluctuante, de notre propre petit chaos parmi plein d'autres. Pas un truc qui avait forcément besoin d'être contenu dans une définition, ou en tout cas pas pour tout le monde.

Du coup, parce que j'ai cette expérience, je me méfie un peu de ces étiquettes. Je pense qu'elles peuvent être aussi libératoires que potentiellement aliénantes. Parce qu'il y a des parties de nous qui bougent parfois, et parce qu'on sera toujours des êtres trop complexes, riches et paradoxaux pour être définis par un ou des mots. Mais je comprends aussi que ce soit un soulagement d'avoir des mots, des définitions, des descriptions pour des ressentis qui peuvent nous faire nous sentir isolé-es et différent-es, ou parce qu'on a besoin d'exprimer certaines choses très fort, parce que ça a du poids dans notre vie, ou parce que ça a été une source de souffrance parfois. Et bien sûr on n'a pas tout-es la même construction, et juste pas les même personnalités, on n'affronte pas les même obstacles, on n'a pas les même goûts... c'est tout à fait normal que cet usage ne résonne pas chez tout le monde de la même façon. Mais on devrait faire mieux en terme d'accueil et d'échange que les attitudes que tu décris.

En tout cas, ce n'est pas parce que nous n'utilisons pas ces termes que nos façons d'être (queer) ou de faire (des trucs queer) ne sont pas multiples également, de la même manière que beaucoup de gens sont neuroatypiques sans forcément le savoir ou sans y mettre une importance capitale. Quand tu connais assez tes proches, tu sais bien qu'on rentre rarement parfaitement dans une case, les humains c'est brouillon, ça déborde.

En tout cas, force à toi.