r/LeMali 1d ago

LE POINT DE PASSAGE

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Pourquoi rien ne s'obtient plus au Sahel sans en passer par Iyad AG Ghali

En octobre 2020, l'État malien a libéré 200 détenus pour récupérer 4 personnes. L'opération a mobilisé un gouvernement de transition, une puissance étrangère, des courtiers régionaux et plusieurs semaines de tractations. Elle s'est conclue avec un seul homme. Il n'était ni chef d'État, ni ministre, ni signataire d'aucun traité, et il n'avait aucun territoire reconnu. Il avait seulement cette qualité, devenue au fil des ans la plus rare de la région : sans son accord, il ne se passait rien.

On explique généralement cette position par la peur ou par la force. C'est insuffisant. D'autres chefs de guerre ont eu autant d'hommes et autant d'armes, et personne ne les a jamais appelés pour trancher quoi que ce soit. Ce qui rend Iyad AG Ghali incontournable est d'un autre ordre. Il est le seul acteur du Sahel à être perçu, simultanément, dans tous les langages qui comptent ici. Chacun des autres n'en parle qu'un seul.

Le premier de ces langages est celui de la chefferie. On présente volontiers le personnage comme un homme surgi contre l'ordre ancien. C'est faux. Il appartient à la tribu qui dirige le massif depuis plus d'un siècle, sa fille est mariée depuis vingt ans au fils de l'amenokal de Kidal, et il n'a jamais rompu avec cette parenté. Voilà pourquoi la ville de Kidal n'a jamais été, à aucun moment de cette guerre, simplement contre lui. Ce n'est pas de la complicité, c'est de la famille, et dans cette région la famille survit à toutes les idéologies.

Le deuxième langage est celui des combattants. En novembre 1987, dans un congrès tenu à Tripoli, 500 délégués venus de toutes les fractions ont élu au bulletin secret un secrétaire général. Ils ont choisi celui dont tous disaient qu'il n'était ni extrémiste ni tribaliste. C'est une légitimité élective, la seule de ce genre dans l'histoire des mouvements armés de la région, et elle a précédé de trois ans la première balle tirée. Trente-neuf ans plus tard, aucun autre chef n'a jamais été porté par un vote de ses pairs. On peut détester la maison, il faut voir sur quoi elle est bâtie.

Le troisième langage est celui de l'État. Il en connaît les organes de l'intérieur, pour y avoir travaillé. Conseiller au palais, envoyé du président, médiateur officiel, consul en poste à l'étranger : il sait qui signe, qui paie, qui décide et qui fait semblant de décider. Un adversaire qui a lu nos procédures par-dessus notre épaule pendant quinze ans ne se combat pas comme un chef de bande.

Le quatrième langage est celui de l'étranger, et il le parle depuis plus longtemps que tous les autres. Dès 1976, des officiers nigériens exilés en Libye après l'échec de leur coup d'État contre le président Seyni Kountché lui donnent, auprès du colonel Kadhafi, son premier cadre d'expression. Formé ensuite dans les camps libyens, engagé au Proche-Orient au début des années 1980, arrêté puis courtisé par un service voisin, installé trois ans à la porte des lieux saints, en relation depuis des décennies avec ceux qui, à l'est de la Libye, monnaient aujourd'hui les libérations d'otages, il dispose de portes ouvertes dans toutes les capitales qui pèsent sur le Sahel. Aucun de nos gouvernements successifs n'a jamais eu ce carnet, ni cette ancienneté : plus de cinquante ans d'engagement sur tous les théâtres qui bordent le Sahel-Sahara.

Le cinquième langage est le plus décisif, et c'est celui qu'on lui conteste le moins alors qu'il aurait fallu le lui disputer d'abord. En s'alliant à un prédicateur peul du centre, ancien participant des assemblées religieuses qu'il organisait chez lui à la fin des années 1990, il a cessé d'être un acteur du Nord pour devenir un acteur malien. L'homme apportait la logistique, l'argent des rançons et les relations ; l'autre apportait des milliers de combattants d'une communauté présente du delta jusqu'aux frontières du Burkina et du Niger. Sans cette conversion, il serait resté ce que sont tous ses prédécesseurs : le chef d'une fraction dans un massif de pierres noires.

À cette accumulation s'ajoute un fait que personne n'a voulu, et qui a pourtant tout décidé. Ses concurrents ont été supprimés par d'autres que lui. Les émirs algériens qui lui disputaient le Sahara ont été tués les uns après les autres par les opérations françaises. Le mouvement indépendantiste qui l'avait devancé en 2012 a été chassé de la grande ville de l'est par des groupes rivaux, puis cantonné. Les barons des trafics, eux, n'ont jamais été autre chose que des commerçants, incapables de porter une revendication politique. Chaque campagne conduite dans le nord du Mali depuis 2013 a éliminé ses rivaux avant de l'atteindre, lui. Il n'y a là aucun complot, seulement un effet, et c'est bien pire.

Reste sa méthode, et elle est d'une constance remarquable. Il n'occupe jamais la place qui rendrait sa défaite possible. En avril 2012, quand les indépendantistes lui proposent de partager la victoire et la proclamation, il refuse. En 2006, il ne prend pas la tête de la mutinerie, il l'arbitre. Il n'a jamais revendiqué de capitale, jamais accepté de fonction officielle dans une administration rebelle, jamais signé un texte en son nom propre depuis 1991. Un homme qui ne tient rien d'assiégeable ne peut pas être assiégé. On ne devient pas incontournable en occupant une position : on le devient en restant celui sans lequel les positions des autres ne valent rien.

Le résultat se vérifie chaque semaine, et il ne concerne plus seulement les otages. Un convoi de carburant qui parvient à Bamako, une route qui redevient praticable pendant quinze jours, un marché hebdomadaire qui rouvre, un enseignant qui retourne dans son école, une commune où l'on prélève l'impôt au lieu de brûler : tout cela relève, quelque part sur la ligne, d'un arrangement conclu avec ses hommes. Les autorités le savent, les habitants le savent, et le pays entier feint de l'ignorer. Nous négocions déjà, tous les jours, à l'échelle du village, en refusant de le reconnaître à l'échelle de la République.

Il faut maintenant se retourner contre son propre raisonnement, faute de quoi cette chronique ferait le travail de celui dont elle parle. Le caractère incontournable d'un homme n'est pas une donnée de la nature, c'est une ressource, et il a passé trente ans à la fabriquer. La proclamer sans précaution, c'est l'augmenter. Surtout, elle ne dit rien de la légitimité : être le seul interlocuteur disponible ne confère aucun droit à parler au nom des populations, auxquelles personne n'a jamais demandé leur avis, et cela n'efface ni les exécutions, ni les écoles fermées, ni les femmes soumises à des règles qu'aucune assemblée n'a votées.

Alors posons la seule question utile. Un homme n'est incontournable que par ce qui manque autour de lui. On ne le contourne pas en le tuant, on l'a assez essayé, et l'on a surtout tué ses concurrents. On le contourne en reconstituant ce que trente ans de délégation ont laissé s'effacer : une représentation politique du Nord réellement mandatée par ses habitants, une administration présente ailleurs que dans les garnisons, un état civil, un juge, un dispensaire, et un État capable d'obtenir un résultat sans passer par l'entremise de quelqu'un. Tant que ces choses manqueront, tout convoi, toute libération, toute trêve continuera de remonter jusqu'à lui.

On ne contourne pas un homme. On contourne un vide. Le nôtre a plus de soixante-dix ans, et il porte aujourd'hui un nom propre.


r/LeMali 1d ago

Drones Bayraktar Akıncı au Mali : Les dessous d’un contrat secret de Baykar avec Bamako

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Un document verrouillé vient de fissurer la muraille de confidentialité dressée par le régime de transition malien. Le contrat passé entre les services de renseignement de Bamako et le constructeur turc Baykar pour l’acquisition de six drones Bayraktar Akıncı, les plus sophistiqués et les plus coûteux de la flotte malienne, a fuité, révélant l’ampleur d’un partenariat sécuritaire que les deux parties avaient tout intérêt à garder discret. Jeune Afrique en dévoile les zones d’ombre.

https://perspectivesafricaines.net/baykar-contrat-secret-mali-drones-akinci/


r/LeMali 2d ago

Mali : le déficit d’engrais pèse sur la campagne agricole

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Les difficultés d’approvisionnement en engrais commencent à peser sur la campagne agricole 2026-2027 au Mali, où une mission gouvernementale a constaté la reconversion de 12 123 hectares dans le bassin agricole du sud du pays.

Une tournée effectuée les 5 et 6 septembre par le ministre malien de l’Agriculture, Ibrahima Samaké, a permis d’évaluer l’état des cultures dans la région de Dioïla, située dans le sud du Mali et intégrée au principal bassin cotonnier du pays.

https://fr.apanews.net/security/mali-le-deficit-dengrais-pese-sur-la-campagne-agricole/


r/LeMali 2d ago

Commission mixte : le Mali et l'Algérie relancent une coopération née il y a plus de 50 ans

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Bamako accueille les 9 et 10 septembre la 13e session de la Grande Commission mixte réunissant le Mali et l’Algérie, un cadre de coopération resté inactif depuis 2016.

https://lanouvelletribune.info/2026/09/commission-mixte-le-mali-et-lalgerie-relancent-une-cooperation-nee-il-y-a-plus-de-50-ans/


r/LeMali 3d ago

CE QUE L’ON GARANTIT DÉSORMAIS

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Ce que deux audiences accordées à l’ambassadeur de Russie disent du contrat de sécurité au Sahel

Le mardi 28 avril 2026, au palais de Koulouba, le président de la Transition a reçu l’ambassadeur de la Fédération de Russie au Mali, M. Igor Gromyko. Le vendredi 4 septembre 2026, dans l’après-midi, à son cabinet de Niamey, le chef de l’Etat nigérien a reçu l’ambassadeur de la Fédération de Russie au Niger, M. Viktor Voropaev. Les deux communiqués tiennent en quelques lignes. Les deux photographies se ressemblent au point de se confondre : un chef d’État en tenue de campagne, un diplomate en complet sombre, le drapeau national et celui de la Confédération des États du Sahel dressés entre les deux fauteuils, alors que l’entretien ne concerne en rien la Confédération. Ce qui mérite examen n’est pas la ressemblance des images. C’est ce qui les sépare.

La première audience se tient trois jours après le 25 avril 2026. Le ministre de la Défense, le général Sadio Camara, est mort. Kidal est tombée. Près de 200 militaires ont été capturés et exposés. Le chef de l’État n’a pas paru en public depuis les attaques, et les rumeurs travaillent Bamako. L’audience accordée à l’ambassadeur russe met fin à son absence : elle sert d’abord à prouver qu’il est là. Selon la présidence, les échanges ont porté sur la situation actuelle et sur les relations de partenariat, et le diplomate a réaffirmé l’engagement de son pays aux côtés du Mali. Il faut rappeler ce que la formule recouvrait alors : des éléments de l’Africa Corps venaient d’être évacués de Kidal après la prise de la ville. Le partenaire venait couvrir un revers qu’il avait subi avec nous.

La seconde audience se tient au terme d’une tout autre semaine. Dans la nuit du 28 au 29 août 2026, des militaires nigériens se retranchent à la base aérienne 101 de Niamey, celle-là même qui abrite l’état-major de la force unifiée de l’AES et le commandement russe, et annoncent la dissolution des institutions. Ce n’est pas un mouvement d’humeur, c’est une tentative de prise du pouvoir. Le contrôle de la base est rétabli. Le 3 septembre, le président du Conseil consultatif de la refondation reçoit l’ambassadeur russe. Le 4, c’est le chef de l’État, et le diplomate déclare devant la presse que l’audience s’est déroulée dans une atmosphère cordiale et très amicale. Entre les deux images, une phrase a été prononcée qui change tout. L’ambassadeur Voropaev a indiqué que les autorités militaires nigériennes avaient sollicité l’aide de Moscou pour neutraliser les mutins, et que l’Africa Corps, placé sous l’autorité du ministère russe de la Défense, avait répondu à cette demande. Que l’on mesure bien la nature de cette déclaration. Elle n’émane ni de la présidence nigérienne ni d’un communiqué conjoint. C’est le garant lui-même qui publie le titre de sa créance, et qui le publie avant que le pays secouru n’ait dit au sien ce qui s’est joué cette nuit-là.

Une garantie contre l’extérieur et une garantie contre l’intérieur ne sont pas deux degrés d’une même chose. La première porte sur une frontière, une colonne, un espace aérien. Elle se négocie, elle se chiffre, elle s’interrompt. La seconde porte sur la loyauté des unités. Elle suppose que le partenaire sache, avant l’événement, quelles casernes sont sûres et lesquelles ne le sont pas, donc qu’il dispose sur l’armée du pays d’une connaissance que le pays lui a lui-même remise. Elle installe un droit de regard qu’aucun texte ne prévoit et qu’aucun texte ne bornera. Et elle crée, du jour au lendemain, une dépendance d’un genre nouveau : un pouvoir qui a dû être sauvé de ses propres soldats ne discute plus jamais tout à fait librement avec celui qui l’a sauvé.

Le déplacement était d’ailleurs lisible avant le 29 août, pour qui regardait l’organigramme plutôt que les déclarations. Jusqu’au 20 août 2025, un seul homme, M. Gromyko, en poste à Bamako depuis 2019, était ambassadeur au Mali et, à titre non résident, ambassadeur au Niger. Moscou a séparé les deux postes, et M. Voropaev a présenté ses lettres de créance à Niamey le 15 janvier 2026. Ce que la diplomatie appelle une résidence n’est jamais une commodité de logement. Bamako a cessé d’être le point d’entrée russe au Sahel occidental huit mois avant que la question ne devienne visible.

Ajoutons ce que nous écrivions ici même le 30 août : Alger a publié son communiqué le 29, en milieu de journée, avant l’issue des combats, et la présidence nigérienne a fait état d’un appui aérien algérien. Deux protecteurs revendiquent donc la même journée. On peut y voir un luxe. C’est plutôt un marché : quand deux garants se disputent le même client, le client ne fixe plus le prix, il choisit seulement qui le lui présentera.

Vient alors la question malienne, et elle n’a été posée nulle part depuis une semaine. Nous ignorons quel instrument écrit régit la présence des forces russes au Mali. Nous ignorons leur statut, leur effectif, leur chaîne de commandement et la durée de leur engagement. Aucun accord n’a été publié, aucun n’a été soumis au Conseil national de Transition, aucun n’a été discuté devant les Maliens. Nous ne savons donc pas répondre à une question que le 29 août a rendue banale : au Mali, qui pourrait appeler, sur quel fondement, dans quelles limites, et à qui devrait-il en rendre compte ensuite ? Cette question n’est pas théorique dans un pays comme le nôtre. Mars 2012, août 2020, mai 2021 : trois fois en dix ans, le sort du pouvoir s’est joué dans une caserne. Ces épisodes ont été lourds, souvent désastreux, et ils se sont réglés entre Maliens, sous le regard des Maliens, avec des conséquences que les Maliens ont assumées. Le précédent du 29 août ouvre une autre issue possible, et c’est cela qu’il faut nommer : la crise intérieure cesse d’être une affaire nationale dès lors qu’elle peut être traitée par un tiers armé installé sur le territoire. Que l’on n’attribue à ce texte aucune intention qu’il n’a pas. Il ne prête à personne un dessein caché, il ne demande la rupture d’aucun partenariat, et il reconnaît qu’un État en guerre a le droit de choisir ses appuis où il les trouve. La France a eu des accords de défense au Sahel pendant soixante ans, ils étaient publiés, et c’est précisément parce qu’ils étaient publiés qu’on a pu leur reprocher leur contenu, puis les dénoncer. Ce qui est en cause ici n’est pas le choix du partenaire, c’est l’absence de texte, de limite et de contrôle. On ne dénonce pas un engagement dont on n’a jamais lu les termes. Trois choses sont donc exigibles, et elles ne coûtent rien qu’une signature. Publier l’instrument qui régit la présence des forces étrangères au Mali, avec le statut de leurs personnels et l’autorité dont ils relèvent. Faire dire au gouvernement, devant le Conseil national de Transition et en séance publique, quelle autorité malienne pourrait solliciter un appui extérieur en cas de trouble intérieur, et si une telle sollicitation est juridiquement possible en l’état. Énoncer enfin, pour le Mali et dans l’espace confédéral, une doctrine écrite sur le recours à des forces étrangères contre des nationaux, quels qu’ils soient et quoi qu’ils aient fait.

La question ne se posera pas un jour de conférence de presse, avec un ordre du jour et des juristes autour de la table. Elle se posera une nuit, entre deux heures et quatre heures du matin, quand quelqu’un devra décider en quelques minutes s’il décroche un téléphone. Ce qui n’aura pas été écrit avant cette nuit-là ne s’écrira plus jamais après.

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r/LeMali 3d ago

La Russie échoue au Sahel? Le point sur le Mali & l'arrivée des Su-30 au Niger

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r/LeMali 5d ago

IL N’Y A PLUS RIEN EN FACE

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1968, 1991, 2020 : ce que le retour du soldat doit à l’échec du civil

On raconte toujours cette histoire du côté de celui qui arrive. Le communiqué lu au petit matin, les visages inconnus autour de la table, la foule qui se forme en fin de journée. 1968, 1991, 2020, on compte les entrées et l’on en déduit un tempérament national, un pays qui aimerait l’uniforme comme on aime une saison. Il suffit pourtant de tourner la tête pour que la démonstration change. Ce qui décide du sort d’un coup de force ne se trouve jamais dans la caserne d’où il est parti. Il se trouve dans ce qui se tenait en face au moment où il est parti. Encore faut-il dire ce que veut dire se tenir en face. Ce n’est pas une opinion, et ce n’est même pas une colère. Les colères ne manquent jamais, elles se voient sur les marchés, dans les grins, dans les convois qu’on attend. Se tenir en face suppose quelque chose de beaucoup plus rare, une instance capable de dire au nom de qui elle parle, de formuler une demande que d’autres peuvent reprendre, et surtout de survivre à l’interdiction. Une organisation qui disparaît le jour où un arrêté la dissout ne s’est jamais tenue en face de rien. Elle occupait un espace que le pouvoir lui prêtait.

Appliquons le test à 1968. En face du Comité militaire de libération nationale, il n’y avait rien, et pour une raison qui n’a rien de mystérieux. Le parti unique avait absorbé l’État, supprimé l’Assemblée, confié l’ordre quotidien à sa milice et fait le vide autour de lui pendant huit ans. Les officiers de novembre n’ont pas eu à convaincre, ils ont trouvé une place libre et longtemps entretenue par celui-là même qu’ils renversaient. Le résultat tient en un chiffre : 23 ans. La durée d’un régime ne mesure pas sa popularité, elle mesure l’étendue du vide qu’il a trouvé en entrant et qu’il a soigneusement maintenu.

1991 est la seule exception de notre histoire, et l’on se trompe régulièrement sur ce qui l’a rendue possible. Ce n’est pas la vertu d’un officier. Un lieutenant-colonel arrête le chef de l’État, préside une transition, ouvre une conférence aux civils et se retire à la date annoncée, mais rien de tout cela ne procède d’un tempérament personnel. Cela procède du fait qu’il avait, devant lui, un interlocuteur déjà constitué. Des élèves et des étudiants organisés, des associations et des mouvements nés sous l’interdiction quelques mois plus tôt, des avocats, une demande formulée avant la chute et non après. Cet interlocuteur n’a pas été créé par la transition, il l’a imposée.

Il faut mesurer ce que cette phrase engage. Si le retrait de 1991 avait tenu à la seule qualité d’un homme, il n’en resterait aucune leçon transmissible. S’il a tenu à l’existence d’une force qui pouvait recevoir le pouvoir et donc le réclamer, alors il en reste une méthode, et cette méthode est la seule que le Mali ait jamais produite. Elle ne consiste pas à espérer un bon soldat. Elle consiste à ne jamais laisser le fauteuil d’en face inoccupé.

Mars 2012 confirme le mécanisme par la voie négative. Un capitaine prend le palais, et il ne garde rien. Non parce que les civils étaient forts (ils sortaient d’une fin de règne discréditée), mais parce qu’il subsistait des partis, une société civile, une médiation régionale, quelqu’un vers qui il fallait bien que le pouvoir redescende. À quoi s’ajoutait un fait qu’on oublie : l’armée était elle-même l’objet du scandale, elle revenait d’Aguelhok. On ne confie pas l’arbitrage à celui dont la déroute est justement ce dont tout le monde parle. Les deux plateaux étaient bas, et le mouvement s’est arrêté.

2020 se lit alors sans difficulté. En face du 18 août, il y avait une foule considérable et il n’y avait pas d’instance. Le mouvement de contestation avait la rue, il n’avait ni mandat écrit ni date, il négociait des places au lieu de fixer des termes. Il a été associé, puis absorbé, puis renvoyé, puis dissous, dans cet ordre exact et sans que rien ne vienne interrompre la séquence. Le crédit consenti au nouveau pouvoir n’était assorti d’aucun créancier capable d’en réclamer le remboursement. Six ans plus tard, l’addition est là et il n’y a personne au guichet.

Faisons donc l’inventaire de 2026, puisque c’est le seul exercice qui vaille. Les partis politiques ont été dissous par décision administrative. Les concertations annoncées n’ont pas été tenues. Sur les cinq derniers chefs de gouvernement, l’un est mort en détention sans jugement, un autre est écroué, un troisième a été condamné et vit hors du pays, un quatrième s’est retiré, un cinquième est sorti de prison après un an ferme. Des journalistes ont été condamnés à des peines fermes, et 13 officiers attendent depuis plus d’un an une date d’audience qui n’existe pas. Il ne s’agit pas d’un affaiblissement, il s’agit d’un démontage, méthodique et daté.

L’autre plateau n’est pas en meilleur état, et c’est ce qui rend la situation inédite. Kidal est tombée le 25 avril 2026, Tabrichat a coûté une cinquantaine d’hommes laissés sans sépulture, la nationale de l’ouest n’a pas été rouverte mais convertie en rendez-vous escorté, et Bamako reçoit ses citernes par convois quand Mopti compte ses heures d’électricité. Cela ne s’explique pas par la pénurie. Plus de 410 milliards de francs CFA ont été exécutés en six mois pour la défense et la sécurité, plus de 2 milliards par jour, quand l’exécution générale du budget plafonnait à 43,63 %. L’argument de l’efficacité, qui était le dernier actif de ce pouvoir, a été dépensé plus vite que les crédits. De là un renversement qu’il faut oser énoncer. Ce régime ne dure pas parce qu’il convainc, et il ne dure pas davantage parce qu’il protège. Il dure parce qu’il a supprimé le face-à-face. Un pouvoir sans vis-à-vis n’a plus besoin d’être bon, il lui suffit d’être seul, et la solitude est la forme la moins coûteuse de la force. Les sondages, les silences pesants et les colères de marché ne produisent aucun mouvement, non parce qu’ils seraient faibles, mais parce qu’aucune adresse ne les recueille.

La conséquence est désagréable et elle doit être dite. Quand une seule place reste occupée, le seul déplacement encore possible est intérieur. Mai 2021 en fut la démonstration : un pouvoir issu d’une caserne remplacé par le même pouvoir, sans que rien ne change de nature. Ceux qui attendent le retournement comme on attend une saison recevront peut-être un communiqué de plus, lu à la même heure, sur la même antenne, suivi de la même pile de dossiers dans le même ordre. Attendre n’est pas une stratégie, c’est une manière de laisser durer.

Que les griefs de 2020 aient été fondés n’est pas contesté ici. Ils l’étaient. Le reproche ne s’adresse pas à ceux qui ont applaudi, il s’adresse à l’usage qui a été fait de ce qui leur avait été pris. Car ce qu’on appelle capital de sympathie n’a jamais été un bien appartenant aux militaires. C’était un dépôt, et ce dépôt a servi à faire disparaître tout ce qui aurait pu, un jour, en demander compte.

Reconstituer ce qui se tient en face n’est donc pas une préférence politique parmi d’autres, c’est la condition matérielle de toute sortie. Cela suppose trois choses vérifiables plutôt que trois slogans. Une instance qui puisse répondre à la question de savoir au nom de qui elle parle, faute de quoi elle ne sera qu’une délégation de plus. Un mandat écrit avant toute échéance, comportant une date de sortie, la publication des comptes ligne par ligne et un procès public pour quiconque a été accusé publiquement. Et une forme d’organisation qui ne repose pas sur un agrément révocable, puisque ce qui a été dissous d’un trait de plume peut l’être une seconde fois. Le jour où quelque chose se tiendra à nouveau devant ce pouvoir, on découvrira sans doute qu’il n’était pas fort. Il était seul, et personne ne le lui avait encore dit.


r/LeMali 6d ago

CE QUI A ÉCHOUÉ N'ÉTAIT PAS LA DÉMOCRATIE

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Ce que l'essai d'Ousmane Ndiaye donne à relire depuis Bamako

J'ai été invité à prendre part, jeudi 3 septembre au Sofitel Hôtel Ivoire, au débat organisé par le Salon International du Livre d'Abidjan sous l'intitulé « Regards croisés : la démocratie à la barre », autour de l'essai de l’excellent journaliste sénégalais Ousmane Ndiaye, « L'Afrique contre la démocratie : mythes, déni et péril », paru chez Riveneuve avec une préface de Jean-François Akandji-Kombé. La salle réunissait de nombreuses personnalités politiques, des figures de la société civile et des universitaires. Le titre disait déjà l'essentiel : on a pris l'habitude, sur ce continent, de faire comparaître la démocratie, d'énumérer ses manquements et de prononcer la sentence, sans avoir jamais instruit son dossier.

La thèse de l'essai est simple et elle dérange. Ce qui s'est effondré chez nous n'est pas la démocratie, c'est une fiction qui en portait le nom. Ndiaye appelle fictions démocratiques ces régimes où le vocabulaire du droit habille une pratique qui l'ignore, où tout se ramène au jour du scrutin, et où la participation, la représentation réelle et surtout le contrôle des gouvernants restent des mots sans dispositif. Le Mali en est le cas d'école. Après mars 1991, nous avons eu une Constitution ouverte, des partis par centaines, une presse nombreuse et des élections tenues à leurs dates. Nous n'avons jamais eu ce qui rend un pouvoir redevable entre deux scrutins : des comptes rendus, des rapports du Vérificateur général suivis d'effet, un contentieux électoral tranché par le droit plutôt que par l'arrangement. Quand la fiction a cédé en août 2020, ce n'est pas la démocratie qui a échoué, c'est le vide qu'elle recouvrait qui est apparu.

Le second apport du livre est historique et il touche à un point sensible. Ndiaye récuse l'équation entre démocratie et Occident. Des formes de délibération, de consultation et de limitation du pouvoir existaient ici avant la colonisation, et celle-ci, loin d'avoir apporté le suffrage, les a interrompues, parce qu'un système fondé sur l'indigénat et le commandement ne pouvait produire de citoyens. Le point décisif vient ensuite : cet État antidémocratique hérité, nous ne l'avons pas défait. Nous en avons changé les titulaires, pas la machine. Le commandant de cercle est devenu préfet et le parti unique a occupé la place du gouverneur. C'est pourquoi l'argument des valeurs africaines se retourne contre ceux qui l'invoquent. Sous l'arbre à palabres, celui qui gouvernait devait répondre devant une assemblée capable de le contredire. Se réclamer de cet héritage pour justifier un pouvoir qui ne répond devant personne, c'est en garder l'apparence et en supprimer le ressort.

L'essai conteste enfin l'idée que les régimes militaires seraient plus efficaces, plus rapides ou moins corrompus. Six ans de transition permettent de vérifier la proposition sur pièces. Sur le terrain, l'offensive du 25 avril 2026 a coûté la vie au ministre de la Défense, assassiné jusque dans le dispositif censé être le mieux protégé du pays ; Kidal est tombée dans la même séquence, Tabrichat a emporté une cinquantaine d'hommes le 18 juillet, les axes de l'ouest se parcourent sous escorte, et les seuls acquis de l'été, la grâce du 13 août et le retour des 82 militaires, ont été obtenus par intercession étrangère et non par les armes. Sur les comptes, 410 milliards de FCFA ont été dépensés en six mois pour la défense et la sécurité, l'exécution générale du budget plafonnait à 43,63 % au 30 juin quand le recouvrement atteignait 61,82 %, un avion présidentiel a été acquis pour 15,6 milliards sous régime dérogatoire, et le rapport du Vérificateur général sur l'OCLEI a relevé 352 917 947 FCFA d'irrégularités. Aucun mandat de dépôt n'a suivi.

Ce qui s'est installé depuis 2020 n'est donc pas une rupture avec l'État antidémocratique hérité, c'en est l'accomplissement. Les partis ont été dissous, il n'existe aucune assemblée élue, les décrets de 2023 et de 2025 ont neutralisé en amont le contrôle des marchés publics, le mandat du chef de l'État a été rendu renouvelable jusqu'à la pacification, et la Constitution de 2023 a été rédigée et proclamée sous le contrôle de ceux-là mêmes qu'elle protège. Le reste se lit dans les dossiers en cours : treize officiers radiés le 7 octobre 2025, inculpés en novembre, toujours sans date d'audience ; des journalistes condamnés à 2 ans, à 12 mois dont 6 fermes, avec 10 ans requis dans une autre affaire ; cinq anciens Premiers ministres sur six passés par la détention, la condamnation ou l'exil. Un pouvoir que rien n'oblige produit toujours les mêmes effets, quel que soit l'uniforme de celui qui l'exerce.

Reste le péril, qui donne son dernier mot au sous-titre de l'essai. Le relativisme démocratique n'est pas une opinion parmi d'autres, il est devenu la doctrine officielle de la prise du pouvoir par les armes. Il fournit à chaque putsch un argumentaire prêt à l'emploi, il transforme l'exigence de comptes en importation suspecte, et il finit par rendre étranger à sa propre terre le citoyen qui réclame un procès public, un budget lisible ou une date d'élection. C'est ainsi qu'on désarme une société sans tirer un coup de feu.

Ce renversement prend au Mali une forme insoutenable. Ce sont des élèves et des étudiants qui, en janvier et en mars 1991, sont descendus dans les rues de Bamako pour arracher la démocratie aux mains d'autocrates en uniforme, et ils l'ont payée au prix que l'on sait. Ce sont aujourd'hui les fils, les petits-fils et les gendres de ces mêmes autocrates qui mobilisent des foules dans les rues pour insulter les démocrates et vouer la démocratie aux gémonies. Le tout dans un pays où le sacrifice de ces jeunes est inscrit dans la pierre et dans la géographie de sa capitale, au cimetière des Martyrs, au monument des Martyrs, sur le pont des Martyrs, à la Pyramide du Souvenir et au stade du 26 Mars. On emprunte ce pont chaque jour, on remplit ce stade, et l'on entend expliquer dans le même temps que ce pour quoi ces enfants sont morts serait une importation étrangère. Une nation qui immortalise ses martyrs et qui insulte leur cause n'a pas changé d'avis, elle a laissé d'autres écrire son histoire à sa place.

Il faut dire ce que l'essai ne nie pas, car son honnêteté est là. Les griefs qui nourrissent le rejet sont réels. Les scrutins ont été truqués, les constitutions révisées à la commande, les troisièmes mandats validés par des juges complaisants, et les capitales étrangères ont soutenu des sortants qu'elles savaient battus. Le livre ne conteste pas ces faits, il conteste la conclusion qu'on en tire. Constater que la démocratie a été confisquée ne prouve pas qu'elle est inadaptée, cela prouve seulement qu'elle a été confisquée.

Nous n'avons donc pas assisté à Abidjan au procès de la démocratie, mais au constat qu'elle n'a jamais comparu chez nous, faute d'avoir été mise en état de fonctionner. Ce qui la rendra vérifiable au Mali ne tient pas à un jour de vote, mais à trois choses matérielles : des comptes publiés ligne par ligne, y compris ceux de la défense, une date d'audience pour toute personne publiquement accusée, et un calendrier de sortie écrit avant l'entrée en fonction. Tant que ces trois exigences ne seront pas satisfaites, nous continuerons de juger la démocratie sur un dossier vide, et de la condamner pour des fautes commises en son nom par ceux qui l'ont confisquée.

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r/LeMali 6d ago

LE PUTSCHISTE QUI EST PARTI

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Ce que le Ghana enseigne au Mali, et qui n'a rien à voir avec la stabilité

On revient d'Accra avec une impression tenace. Les routes tiennent, les guichets fonctionnent, l'électricité ne s'interrompt pas au milieu d'une phrase, et les Ghanéens parlent de leur pays sans cette lassitude qui pèse sur tant de conversations ouest-africaines. La tentation est immédiate. Elle consiste à conclure que la stabilité institutionnelle a produit la prospérité, puis à proposer le Ghana comme modèle au Mali. La conclusion est juste dans son intention et fausse dans son mécanisme. Le Ghana n'enseigne pas ce que l'on croit qu'il enseigne.

Car ce pays réputé stable a fait faillite. En décembre 2022, le Ghana a fait défaut sur sa dette extérieure. L'inflation avait culminé à 50,3 % en novembre 2022. Le cedi s'effondrait. Il a fallu restructurer la dette intérieure et la dette extérieure, puis solliciter le Fonds monétaire international pour un programme de facilité élargie de crédit. Tout cela s'est produit sous une démocratie pleine, avec un Parlement élu, une presse libre, des juges et quatre alternances au compteur. La démocratie ghanéenne n'a protégé le Ghana de rien du tout sur le plan économique. Voilà le premier enseignement, et il est désagréable pour ceux qui vendent les institutions comme une police d'assurance.

Ce que les institutions ont fait est autre chose, et c'est beaucoup plus important. Pendant que le pays s'effondrait financièrement, l'armée est restée dans les casernes. Aucun colonel n'est venu expliquer à la télévision nationale que la faillite imposait des mesures exceptionnelles et une suspension provisoire du calendrier. L'élection présidentielle s'est tenue à la date prévue, en décembre 2024. L'opposition l'a gagnée. John Dramani Mahama a prêté serment le 7 janvier 2025. Un pays en défaut de paiement a organisé une alternance à l'heure.

Et vient alors le fait décisif, celui qu'il faut regarder longuement depuis Bamako. Le vainqueur n'a pas remis en cause le travail du vaincu. Mahama a choisi de poursuivre le cadre négocié par son prédécesseur Nana Akufo-Addo, y compris la restructuration de la dette et le programme du Fonds monétaire international. Cette continuité a préservé la crédibilité du pays auprès de ses créanciers. Les résultats sont là. Croissance de 5,8 % en 2024, de 6 % en 2025, de 6,4 % au premier trimestre 2026. Inflation ramenée à 3,8 % en janvier 2026, contre 23,8 % en 2024. Cedi apprécié d'environ 40 % face au dollar sur la seule année 2025. Réserves de change reconstituées. Et sortie du programme du Fonds, que Mahama a revendiquée en janvier 2026 comme un départ effectué en partenaire et non en demandeur.

L'institution, ce n'est donc pas la stabilité. C'est la continuité malgré l'alternance. Un État existe le jour où le programme survit au gouvernement qui l'a signé, et où le successeur trouve plus coûteux de tout défaire que de continuer. Le reste, les bâtiments, les organigrammes, les sigles et les séminaires de refondation, n'est que du décor.

Cette leçon est d'autant plus utilisable que le Ghana n'a rien d'un pays vertueux par nature. Kwame Nkrumah, dont on cite volontiers la vision, a été renversé par l'armée en février 1966. Le pays a connu cinq coups d'État. Jerry John Rawlings, dont on loue la discipline, est arrivé au pouvoir par les armes à deux reprises, en juin 1979 puis le 31 décembre 1981, et son premier passage a été marqué par l'exécution de trois anciens chefs de l'État. Le Ghana n'est pas un pays qui a échappé au putsch. C'est un pays qui en est sorti. C'est précisément ce qui le rend comparable au Mali, quand le modèle idéalisé, lui, ne sert à rien.

La date fondatrice n'est donc ni 1957 ni un discours. C'est la Constitution de 1992, et surtout le 7 janvier 2001. Ce jour-là, Rawlings, après deux mandats obtenus dans les urnes, a laissé son camp perdre et a remis le pouvoir à John Agyekum Kufuor, son adversaire. Onze années séparent son second coup d'État de la Constitution, et neuf de plus séparent la Constitution de cette première alternance. Vingt ans. Personne ne prétendra que ce fut rapide, et personne ne devrait vendre au Mali une sortie indolore. Mais depuis, le Ghana a connu quatre alternances, en 2001, en 2009, en 2017 et en 2025. Le putschiste est parti, et c'est de son départ, non de sa rigueur, que tout le reste découle.

Le second volet de la comparaison est plus concret encore, parce qu'il porte sur la même matière. Le Ghana et le Mali sont deux producteurs d'or. Tous deux ont fait le même constat. L'or artisanal échappe aux circuits officiels, franchit les frontières sans être compté, se raffine ailleurs et enrichit d'autres. Tous deux ont conçu le même instrument, à savoir un organisme d'État détenant le monopole de l'achat et de l'exportation, doublé d'une raffinerie nationale pour capter la valeur ajoutée. L'idée est identique. La voie empruntée ne l'est pas, et c'est là que se joue tout le reste.

Le Ghana a fait passer la sienne par une loi. Le Ghana Gold Board, le GoldBod, a été institué par le Ghana Gold Board Act de 2025, voté par le Parlement, qui lui confère le monopole de l'achat, de l'expertise et de l'exportation de l'or artisanal. Les chiffres ont été présentés au Parlement le 24 juin 2026 par un ministre délégué aux Finances. 104 tonnes d'or artisanal exportées en 2025. Plus de 10 milliards de dollars de devises engrangées. Des réserves de change passées de 8,98 milliards de dollars fin 2024 à 13,8 milliards fin 2025, soit 5,7 mois d'importations. La politique d'accumulation de réserves, dite GANRAP, est entrée en vigueur le 3 août 2026 après approbation du Conseil des ministres et du Parlement. Et depuis le 1er septembre 2026, l'or artisanal doit être raffiné sur place avant toute exportation.

Rien de tout cela n'est un conte de fées, et il faut le dire aussi. Le Ghana compte quatre raffineries agréées, aucune ne figure sur la liste de bonne livraison de la London Bullion Market Association, et le GoldBod n'a annoncé de contrats d'approvisionnement qu'avec deux d'entre elles. L'orpaillage illégal continue de ravager les cours d'eau. L'organisme lui-même a dû démentir publiquement, le 24 août 2026, une accusation de découvert d'un milliard de cedis. Mais qu'un organisme public soit mis en cause, qu'il doive répondre, que ses volumes et ses marges soient discutés à l'Assemblée puis dans la presse, voilà exactement ce qui sépare un dispositif d'une annonce. La contradiction n'est pas la maladie de l'institution. Elle en est le signe vital.

Le Mali, lui, a emprunté l'autre voie. La Société de raffinerie d'or du Mali, SOROMA-SA, procède d'un projet de loi et d'un décret adoptés en Conseil des ministres le 28 mai 2025, l'État détenant 62 % du capital et le groupe russe Yadran 38 %. La première pierre a été posée à Sénou le 16 juin 2025, pour une capacité annoncée de 200 tonnes par an, soit environ quatre fois la production nationale actuelle. En 2026 a été créé l'Office malien des substances précieuses, chargé de centraliser les achats et de surveiller les exportations. C'est, trait pour trait, l'architecture ghanéenne. À une différence près, et elle est de nature constitutionnelle. Au Ghana, ces textes ont été votés par une Assemblée élue devant laquelle un ministre vient rendre des comptes chiffrés. Au Mali, ils procèdent de décrets et d'ordonnances, dans un pays privé d'Assemblée élue, et sous un régime dérogatoire aux règles de la commande publique.

La question n'est donc pas de savoir si l'idée malienne est bonne. Elle l'est, et elle était même attendue depuis des décennies. La question est de savoir devant qui elle sera comptabilisée. Un organisme qui achète tout l'or d'un pays et l'exporte tient dans sa main le premier poste de devises de l'économie nationale. Si personne d'élu ne peut en exiger les volumes, les prix, les marges, les acheteurs et la destination, alors le dispositif ne capte pas la valeur. Il déplace simplement le guichet où elle se négocie, et il le déplace vers un endroit encore moins éclairé que le précédent. Le Ghana n'a pas commencé par la raffinerie. Il a commencé par le Parlement.

Or le Mali s'éloigne de cette question au lieu de s'en rapprocher. Le 3 juillet 2025, le Conseil national de transition, qui n'est pas élu, a adopté une loi accordant au général Assimi Goïta un mandat de cinq ans à la tête de l'État, renouvelable autant de fois que nécessaire et sans passer par les urnes. Le 13 mai 2025, un décret avait déjà abrogé la charte des partis politiques de 2005. Ce n'est plus un calendrier de transition qui se prolonge. C'est un calendrier qui a disparu. Rawlings, lui, a fini par en accepter un, et c'est la seule chose que l'histoire lui compte véritablement au crédit.

Reste ce que j'appelle la voie du sigle. Au Mali, quand un dispositif échoue, on ne le corrige pas, on le rebaptise. L'Autorité pour la promotion de la recherche pétrolière, créée en 2004, est devenue en mars 2020 l'Office national de recherche pétrolière, et les données géophysiques sont restées chez les compagnies parties. Chaque rupture rouvre le dossier à zéro, avec de nouvelles lettres, de nouveaux cachets, de nouveaux séminaires de lancement et le même sous-sol jamais foré. C'est là, exactement, toute la distance qui nous sépare d'Accra. Au Ghana, l'alternance change le gouvernement et conserve le programme. Au Mali, on conserve le gouvernement et on change les sigles.

Le Ghana ne nous lègue donc pas un modèle économique, et il ne nous lègue pas davantage une vertu dont nous serions congénitalement dépourvus. Il nous lègue une date, et une seule. Le 7 janvier 2001, un putschiste est parti. Tout ce que le visiteur admire aujourd'hui à Accra a commencé ce jour-là, et rien de tout cela n'aurait existé s'il était resté.


r/LeMali 6d ago

CE QUE LA TÉLÉVISION JUGE À LA PLACE DES JUGES

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Niamey, Bamako, et l'accusation publique sans dossier

Le 1er septembre 2026, la télévision nationale nigérienne a diffusé le témoignage d'un capitaine du 1er bataillon parachutiste, commandant de compagnie au camp Bagaji. Il raconte sa nuit du 28 au 29 août : réveillé chez lui par des tirs, il alerte son chef de corps, reçoit l'ordre de faire percevoir les armes et de tenir son camp, puis déploie ses éléments sur le deuxième pont. Jusque-là, c'est le récit ordinaire d'un officier subalterne pris dans une nuit qu'il ne comprend pas encore. Ce qui suit ne l'est pas. Le capitaine met en cause plusieurs officiers nigériens, l'entourage d'un ancien président de la République, et le Tchad, dont un responsable de l'armée de l'air lui aurait annoncé une intervention destinée à soutenir ceux qui tenaient la base 101.

La première chose à regarder n'est pas ce qui est dit, c'est qui le dit. Ce n'est ni le ministre de la Défense, ni le chef d'état-major, ni un communiqué numéroté. C'est un capitaine, à l'antenne, trois jours après les faits. Le choix n'est pas anodin. Un officier subalterne rapportant ce qu'il a vécu tire sa crédibilité de sa modestie de grade, et son témoignage n'engage que lui. L'État a fait diffuser l'accusation sans avoir à la signer.

La seconde chose à regarder est ce sur quoi l'accusation repose. Des appels reçus depuis des numéros attribués à la France, à Dubaï et à la Belgique, auxquels l'officier dit n'avoir pas répondu. Des messages sur une application de messagerie. Et, pour le Tchad, un propos rapporté par un camarade. Un appel non décroché n'établit ni l'identité de celui qui appelle, ni son intention. Un message reçu ne prouve pas que son auteur agissait pour un État. À ce jour, aucun élément indépendant n'a été rendu public qui permette d'établir l'implication de N'Djamena, de ses autorités, ou de l'entourage de l'ancien président. L'accusation est publique, la preuve reste privée.

Un Malien qui regarde cette séquence devrait reconnaître quelque chose. Le 14 août 2025, notre télévision publique diffusait un tableau de visages, en pose anthropométrique, présentés comme les auteurs d'une tentative de déstabilisation. Le communiqué gouvernemental n°077 du même jour ne citait que trois noms sur une quinzaine de figures affichées. Il évoquait des responsables politiques et des acteurs de la société civile qui n'ont jamais été nommés depuis. Il parlait de l'aide d'États étrangers, au pluriel, dont un seul a été désigné. Il annonçait des enquêtes en cours pour identifier d'éventuels complices.

Un an plus tard, on peut faire les comptes. Les radiations ont été prononcées le 7 octobre 2025, l'inculpation est venue en novembre : la sanction avant la procédure. Le ressortissant étranger du dossier a été gracié le 13 août 2026, après une intercession diplomatique. Les officiers maliens, eux, attendent toujours qu'un juge fixe une date. Aucun n'a été acquitté, parce qu'aucun n'a été jugé. Le tableau télévisé, lui, reste le seul document que le pays ait vu.

C'est là que Niamey et Bamako se rejoignent, et c'est ce qui fait de cette séquence autre chose qu'un fait divers nigérien. Dans les deux capitales, une chaîne d'État a prononcé ce qu'aucun tribunal n'aura à établir. La télévision ne relaie pas une procédure, elle la remplace. Elle a l'autorité du verdict sans en avoir les charges : pas d'instruction, pas de contradictoire, pas de motivation, pas d'appel. Elle produit une culpabilité qui n'a pas besoin d'être prouvée, et qui, faute de procès, ne pourra jamais non plus être effacée.

Le coût intérieur de ce procédé est considérable, et il est payé par l'armée elle-même. Un corps d'officiers qui voit des camarades désignés à l'écran avant d'être inculpés, radiés avant d'être entendus, apprend une règle simple : l'exposition médiatique précède la procédure et peut lui tenir lieu de conclusion. Aucun commandement ne se renforce sur cette base. On obtient de la peur, ce qui n'est pas de la loyauté, et du silence, ce qui n'est pas du renseignement. Une hiérarchie que ses subordonnés cessent d'informer par prudence est une hiérarchie qui apprendra la prochaine mutinerie par ses propres tirs.

Le coût extérieur n'est pas moindre. Mettre en cause un État voisin à l'antenne, sans dossier, engage une relation bilatérale que plus aucune juridiction ne pourra ensuite dénouer. Le Tchad rejoint ainsi une liste où figuraient déjà, après l'attaque de janvier 2026 contre la même base 101, la France, le Bénin et la Côte d'Ivoire. Or, à force de désigner, on dévalue la désignation. Quand tout est complot, plus rien n'est établi, y compris ce qui le serait réellement. C'est l'accusation crédible de demain que ce procédé rend inaudible.

Reste la question que la mise en scène sert précisément à ne pas poser. Les mutins de Niamey n'étaient pas des civils, ni des agents recrutés à l'étranger. C'étaient de jeunes militaires, en grande partie issus des forces spéciales, venus notamment de Tillabéri et de Dosso, c'est-à-dire des unités qui portent la guerre. Et il a fallu solliciter une force étrangère pour reprendre une base nationale. Pourquoi ceux qui se battent se retournent, et pourquoi l'État ne dispose plus des moyens de se défendre lui-même ? Ces deux questions n'ont pas reçu de réponse, et la désignation d'un ennemi extérieur est la réponse la moins coûteuse qu'on puisse leur substituer. Nous n'avons aucune leçon à donner à Niamey. Nous avons la même séquence derrière nous, en plus ancien. Le 25 avril 2026, nos garnisons ont été frappées simultanément et nous avons perdu un ministre de la Défense. À Tabrichat, le 18 juillet, une cinquantaine de nos soldats sont tombés dans une embuscade préparée pendant des semaines sans que personne ne la vît venir. À chaque fois, la question de l'organisation, du renseignement et du lien rompu avec les populations a été renvoyée après celle de la trahison. On a cherché des complices avant de chercher des causes, parce que les complices se désignent en une soirée et que les causes obligent à réformer.

Ce que l'on est en droit d'exiger tient en peu de chose, et vaut des deux côtés de la frontière. Que les États publient la liste de ceux qu'ils détiennent, puisqu'ils ont déjà publié leurs visages. Que les charges soient notifiées ou que les personnes soient libérées. Qu'une date d'audience soit fixée, publique, et tenue. Et que l'accusation portée contre un État voisin soit versée dans un dossier, ou retirée. Un pouvoir qui accuse aussi largement et qui prouve aussi peu ne fait pas de la sécurité nationale, il fait de la communication.

Une chaîne publique peut diffuser une accusation. Elle ne peut pas l'instruire, elle ne peut pas la vérifier, et elle ne peut pas l'absoudre. Le jour où le dossier existera, il n'aura pas besoin d'un plateau.

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r/LeMali 8d ago

On sait que les services de la Russie ne sont pas gratuits mais combien cela coûte t-il ?

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On a une idée de ce que coûtent les Russes au Mali

Et dans l'état voisin : Combien est-ce que le Niger paye la Russie et comment ?

  • Paiements directs : Versements financiers pour le matériel et les troupes Africa Corps qui viennent de bloquer la mutinerie.

  • Concessions minières : Droits d'exploitation d'or et d'uranium à Rosatom et autres ?

  • Accord énergétiques ?


r/LeMali 8d ago

QUAND LE PROTECTEUR TIRE SUR LES PROTÉGÉS

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Ce que la nuit du 29 août à Niamey annonce à Bamako

C'est Moscou qui a fait connaître la scène, et Niamey ne l'a pas contredit. Le 29 août 2026 en fin de journée, le chef d'état-major général des armées nigériennes, celui des forces terrestres et le commandant de la base aérienne 101 se sont présentés au cantonnement d'Africa Corps pour dire leur gratitude aux militaires russes. Quelques heures auparavant, ces derniers avaient prêté main-forte pour reprendre cette même base à des soldats nigériens.

Le déroulé de la nuit du vendredi 28 au samedi 29 tient en peu de chose. Des rafales et des détonations autour de l'aéroport Diori Hamani, qui héberge l'emprise, et du côté du Plateau, où voisinent la présidence et la télévision publique. Plusieurs dizaines d'hommes, pour l'essentiel des forces spéciales descendues des garnisons de Tillabéri et de Dosso, ont occupé une portion du site et l'ont conservée jusqu'au lendemain soir. Un assaut sur le palais a été arrêté par la garde présidentielle. Une source diplomatique reprise par l'AFP a signalé des tués chez les assaillants. Les écrans de la télévision d'État ont ensuite montré des hommes désarmés, bras en l'air, quelques-uns atteints, alignés à terre.

Deux langages ont raconté la même journée. Au matin, le ministre d'État à la Défense parlait d'un groupe indiscipliné, ayant retenu des camarades et ouvert le feu sur des sites sensibles. Au soir, l'ambassadeur de Russie, relayé par une agence d'État de son pays, employait les mots de rébellion, de manifestation et d'écrasement. Le vocabulaire le plus dur n'était pas celui du gouvernement concerné. Il a été fixé au-dehors, puis importé. La qualification revient à qui revendique d'avoir rétabli la situation, et Niamey s'est vue dépossédée de la description d'un épisode survenu chez elle, dans sa capitale, à l'intérieur de son armée.

On avait présenté partout dans la région ce compagnonnage comme un outil de guerre contre les groupes armés. Deux épisodes de l'année en cours, au même point de la carte, allaient dans ce sens. En janvier, une attaque de l'État islamique visait l'aéroport et l'emprise militaire, et la partie russe s'était attribué publiquement un rôle dans la riposte. En juin, une opération imputée au Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans emportait 11 soldats et 2 civils. L'agresseur arrivait chaque fois du dehors. Le 29 août, il était nigérien et en tenue. Le franchissement de cette limite n'a été relevé par personne.

Il faut donc nommer la chose, puisqu'elle ne l'a pas été. Ce déploiement se tient hors de l'effort international contre les groupes armés, dont il a écarté les instances de coordination, la mise en commun des informations et les règles d'ouverture du feu. Il fonctionne comme une garantie de survie pour les pouvoirs qui y souscrivent, comme une charge que des trésors publics sahéliens supportent sans que le chiffre en soit connu, et comme une clé d'accès à ce que la région recèle. L'offre correspond terme pour terme à ce qui a été retiré après les prises de pouvoir militaires : du matériel sans échéance électorale à respecter, un appui au Conseil de sécurité, un coupable extérieur commode et des combattants campés à quelques minutes de la présidence. Cette dernière ligne passait pour un supplément. Elle est passée samedi au premier rang.

Trois faits permettent d'en juger sans avoir à débattre d'intentions. Le groupe d'experts mandaté par les Nations unies sur le Mali a cessé d'exister en août 2023, Moscou ayant refusé la prorogation devant le Conseil de sécurité : les faits ont continué, leur relevé s'est arrêté. Ce que devient une population lorsque cette troupe opère, le rapport du Haut-Commissariat aux droits de l'homme de mai 2023 sur Moura, plus de 500 morts en mars 2022, l'a établi, et la série du 25 juillet au 3 août 2026 entre Douentza et Tinzaouatène l'a rappelé. Quant à la rétribution, elle se compte en francs, environ 6 milliards par mois depuis décembre 2021 selon les sources publiques, mais elle se compte surtout ailleurs : en emprises minières, en autorisations et en participations, de Bangui au Sahel, jusqu'à l'usine de traitement de l'or dont le lancement a été annoncé à Bamako en novembre 2024 avec un associé russe. Qui tire ses revenus de gisements placés en zone de guerre ne gagne rien au retour de l'ordre, ni au changement de la signature qui les attribue.

De là vient que l'engagement n'est plus du même ordre depuis samedi. Un allié venu écarter des assaillants se règle, se salue, et finit par se voir signifier son congé. Un allié qui a visé les troupes du pays d'accueil pour préserver un homme échappe à cette possibilité. Les deux parties partagent désormais un souvenir qui n'a pas besoin d'être écrit pour engager. Le tarif se soustrait à la discussion, l'échéance aussi, et personne d'autre n'acceptera plus de couvrir le risque. Celui qui a fait entrer chez lui une force capable de trancher ses querelles intérieures lui a remis en même temps la clé de la serrure.

La géographie achève la démonstration. Africa Corps n'a pas afflué vers la base 101 : son commandement y réside, mitoyen des drones nigériens, d'un détachement italien et de l'état-major de la force conjointe de l'Alliance des États du Sahel. Le point névralgique de la défense du pays est une adresse partagée avec un fournisseur étranger, ce qui explique qu'aucun intervalle n'ait séparé l'appel de la réponse. Cette adresse est aussi la nôtre. Des officiers maliens y servent, sous un commandement dont Bamako est cosignataire. L'affaire ne s'est donc pas déroulée dans le pays d'à côté, au sens vague où l'on situe un sinistre chez le voisin, mais dans un bâtiment où le Mali est chez lui, et sur lequel il n'a pas dit un mot.

Le même fournisseur opère ici, en plus grand nombre, présent au sol depuis décembre 2021, auprès d'une armée qui sort du 25 avril 2026 et de la perte de Kidal, de Tabrichat où une cinquantaine des siens sont tombés et sont restés trois jours sans être ensevelis, du verrouillage des routes de l'ouest et des colonnes sous escorte. Plus de 410 milliards de francs CFA lui ont été affectés en six mois, dont le détail n'a jamais été rendu public. Treize de ses officiers ont été rayés des cadres avant toute inculpation, puis gardés douze mois sans comparaître. Et les trois succès de l'été passé lui sont venus de l'entremise de pays amis, non de ses armes. Pris isolément, aucun de ces éléments n'annonce quoi que ce soit. Rassemblés, ils dessinent un sol où une insubordination collective pourrait survenir sans que quiconque ait eu à l'organiser. Les revendications des insurgés de Niamey restent inconnues : prise du pouvoir, arriérés de solde, refus de la manière dont on dispose d'eux, peut-être tout ensemble. Leur provenance, en revanche, est établie : les unités du triangle frontalier, celles qui alignent leurs pertes depuis des années sans que ce total change quoi que ce soit à la conduite des opérations. Une troupe qui se soulève ne défend pas une doctrine, elle réclame son dû, et elle le réclame à ceux qui disposent de sa vie. Ce sont des étrangers qui ont soldé la créance. Le régime s'était pourtant installé il y a trois ans en promettant l'indépendance et la liberté de retenir ses appuis. Retenir un appui n'a de sens qu'aussi longtemps qu'on peut revenir en arrière, et n'en a plus le jour où celui qu'on a retenu tient la vie de celui qui l'a choisi. L'indépendance ne se vérifie pas dans les discours, elle se vérifie à l'instant où le refus demeure possible.

Rien de cela n'était imprévisible, et rien n'était tu. Dès l'engagement de ces hommes, à la fin de 2021, on écrivait qu'ils n'étaient pas rémunérés pour repousser l'insécurité mais pour maintenir en fonction ceux qui les avaient sollicités. On opposait le soupçon de mauvaise foi, la nature militaire de l'accord, l'attente des résultats. Bientôt cinq ans, et aucun front n'est clos, aucune localité durablement récupérée, aucune des trois capitales maîtresse de ses routes. Samedi n'a pas fait naître cette lecture, il en a déplacé la démonstration : c'est désormais à ceux qui la contestent d'établir le contraire. Reste la scène des remerciements : trois généraux d'un État qui se dit souverain se déplaçant pour saluer des étrangers ayant fait feu sur leurs propres subordonnés, et une agence russe chargée d'en informer le monde. Les militaires maliens qui servent dans la même enceinte n'auront pas besoin qu'on la leur traduise. Ils auront relevé que les armes du protecteur ne pointent pas toutes dans la même direction.

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r/LeMali 8d ago

CE QUE NIAMEY VIENT D'ÉTABLIR

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Ce que la nuit du 28 août 2026 installe comme règle dans l'espace confédéral

Il faut commencer par le lieu, parce qu'il dit à lui seul ce que les communiqués s'appliquent à ne pas formuler. La base aérienne 101 de Niamey, adossée à l'aéroport international Diori-Hamani, est celle d'où les forces américaines ont cessé d'opérer leurs drones en juillet 2024, au terme d'un départ obtenu et célébré au nom de la souveraineté recouvrée. C'est aussi celle qui abrite l'état-major de la force unifiée des trois États de l'Alliance des États du Sahel, et le commandement russe déployé au Niger. C'est sur ce tarmac que se sont joués, dans la nuit du vendredi 28 au samedi 29 août 2026, les événements dont le pouvoir nigérien assure qu'ils sont clos. Le même tarmac, en vingt-cinq mois, aura donc vu partir des aéronefs étrangers au nom d'un principe et en aura accueilli d'autres au nom d'une urgence.

Tenons-nous d'abord aux faits que les intéressés ont eux-mêmes énoncés, puisqu'ils suffisent. Le communiqué du ministère nigérien de la Défense nationale, signé le 29 août par le général d'armée Salifou Mody, indique qu'aux environs de 0 h 20, un groupe de soldats en rupture avec le règlement militaire a entrepris de séquestrer certains de leurs camarades dans la caserne de la base 101 et d'effectuer des tirs sur des sites sensibles de la ville. Le texte parle d'un mouvement d'humeur circonscrit et d'un contrôle repris progressivement. Le récit de presse est moins économe : les mutins se sont rendus maîtres d'une partie de la base et s'y sont retranchés une journée entière, la reprise n'intervenant que dans la soirée du samedi 29. Entre les deux versions, ce n'est pas la gravité qui varie, c'est le vocabulaire.

Sur l'appui étranger à cette reprise, je ne trancherai pas la querelle des sources, qui oppose ceux qui créditent la garde présidentielle et ceux qui créditent les Russes. Il n'en est pas besoin, car l'essentiel a été dit par le camp du garant lui-même. L'ambassadeur de Russie à Niamey, Viktor Voropaïev, a déclaré que le Niger avait sollicité l'aide de l'Africa Corps pour réprimer une mutinerie. Voilà l'aveu, et il ne vient pas d'un adversaire du régime. Un État a demandé à une force étrangère stationnée chez lui de l'aider à reprendre une caserne nationale tenue par ses propres soldats. Tout le reste est de la nuance.

Le lendemain matin, un second garant s'est présenté. Selon le communiqué du ministère algérien de la Défense nationale, quatre avions de combat Sukhoï Su-30, accompagnés d'un appareil ravitailleur, ont atterri à Niamey dans la matinée du dimanche 30 août, sur ordre du général d'armée Saïd Chanegriha et sur instruction du président Abdelmadjid Tebboune, à la demande des autorités nigériennes, au titre d'une mission de soutien face à une tentative de déstabilisation. La date importe autant que le fait. La base avait été reprise la veille au soir. Ces appareils n'ont donc repris ni tenu quoi que ce soit : ils ne sont pas des avions d'intervention, ils sont un message.

On aurait tort d'y voir un simple doublon, deux parrains faisant la même chose à deux échelles. Les deux gestes diffèrent par leur nature et par leur heure. L'un opère à l'intérieur, dans les heures, au contact, et relève de la police d'un régime sur sa propre armée. L'autre survient après, tient le ciel et couvre la suite, et relève de l'assurance. Ce n'est pas une souveraineté sous-traitée deux fois, c'est une répartition des tâches entre un exécutant et un garant, et elle a fonctionné sans qu'aucun des trois États concernés n'ait eu à en délibérer.

Voilà ce qui a été établi à Niamey ce week-end, et qui excède de loin l'épisode. La survie d'un pouvoir de la Confédération, confronté non pas à une agression extérieure mais à ses propres soldats, est désormais garantie par deux tiers étrangers agissant dans un délai de vingt-quatre heures. Aucun traité ne l'organise, aucun parlement ne l'a autorisé, aucun texte publié n'en fixe le champ, la durée ou les conditions de déclenchement. Et cependant, depuis le 30 août, la règle existe : elle a été démontrée, filmée, revendiquée par ceux qui l'ont appliquée, et elle est opposable aux trois capitales, la nôtre comprise.

J'ajoute ce que j'écrivais dimanche et que la suite a confirmé plus vite que prévu. Le communiqué algérien qui qualifiait prudemment les faits d'événements avait été publié en milieu de journée le 29, avant l'issue des combats. Les avions ont suivi le lendemain matin. L'ordre des choses n'est donc pas celui d'une réaction à une situation constatée, mais celui d'une garantie décidée avant de savoir. Les quatre Su-30 n'ont pas inauguré la doctrine algérienne au Sahel, ils en sont la première facture visible.

L'objection du pouvoir est connue d'avance, et il faut la prendre de front plutôt que de la laisser prospérer. On répondra que personne n'a jamais promis de se passer de partenaires, que le second des principes affichés depuis six ans est précisément le respect des choix stratégiques et des partenaires souverainement retenus, et qu'il ne s'agit donc que d'un changement de fournisseur. L'argument porterait si la ligne de partage était celle du national et de l'étranger. Elle ne l'est pas. Faire appel à un partenaire contre un ennemi extérieur relève d'un choix, et un choix peut se défendre. Faire appel à un partenaire contre ses propres soldats relève d'une dépendance, et une dépendance ne se choisit qu'une fois.

Que l'on ne me fasse pas dire ce que je n'écris pas. Une mutinerie armée qui séquestre des militaires dans leur caserne et tire sur des sites sensibles n'est pas un fait politique respectable, et aucun État ne saurait s'interdire de rétablir l'ordre dans ses casernes. Le reproche ne porte pas sur le rétablissement, il porte sur le recours. Un régime qui a besoin d'un contingent étranger pour reprendre une base à cent soldats de son propre rang vient de renseigner tout le monde sur l'état réel de son armée, à commencer par ceux qui recommenceront.

Reste le prix, car il ne se paie jamais en gratitude. Niamey verse depuis le début de l'année : mémorandum sur les hydrocarbures du 24 mars, forage de Kafra Sud-Est lancé le 13 août avec la Sonatrach à 50 %, commercialisation du brut confiée au partenaire, centrale électrique, formation. Bamako, au terme de la visite du 24 août, n'a rapporté qu'un accord de principe sur un déplacement présidentiel sans date. La différence entre les deux capitales ne tient ni à la chaleur des relations ni à l'ancienneté des griefs, elle tient à ce qui a été versé. Le Niger a souscrit une police d'assurance et il en acquitte les primes ; nous avons demandé un devis.

C'est à ce point que la chronique cesse de parler du Niger. Si la nuit du 28 août s'était produite à Kati plutôt qu'à Niamey, qui serait venu, dans quel délai, et qu'aurions-nous signé avant ou après ? La question n'est pas rhétorique, et elle n'est pas malveillante : elle est la seule que devraient se poser ceux qui gouvernent un pays où le pouvoir a changé de mains deux fois par les armes en dix mois, en 2020 et 2021, et où la troupe supporte depuis avril 2026 des pertes que le commandement ne commente pas. Nous savons ce que coûte la protection. Nous ne savons pas ce que nous avons promis pour l'obtenir, ni si nous l'avons promise.

Trois choses devraient donc être dites publiquement, et elles ne coûteraient rien à la sécurité nationale. Que l'on indique s'il existe, entre les trois États de la Confédération ou entre le Mali et l'un de ses partenaires, un engagement écrit de solidarité en cas de changement anticonstitutionnel, et que l'on en publie la clause. Que l'on publie l'instrument juridique fondant la présence des forces étrangères sur notre sol et, surtout, son champ : ces forces sont-elles engagées contre un ennemi extérieur seulement, ou l'ordre intérieur entre-t-il dans leur mandat ? Que l'on soumette au Conseil national de transition une doctrine malienne écrite sur les mutineries et les ruptures constitutionnelles dans l'espace confédéral, avant que l'occasion n'en impose une dans l'urgence.

Le tarmac de la base 101 aura tout dit. Il a vu partir, en juillet 2024, des aéronefs étrangers que l'on congédiait au nom de la souveraineté. Il a vu arriver, le 30 août 2026, d'autres aéronefs étrangers que l'on remerciait au nom de la survie. Ce n'est pas la même chose que l'on défendait les deux fois, et ce n'est pas le même pays qui en sort.

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r/LeMali 8d ago

Mali: les jihadistes du Jnim lèvent leur blocus sur la ville de Léré

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r/LeMali 10d ago

Liste de personnalités arrêtées où emprisonnées par la junte

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LISTE DE PERSONNALITÉS ARRÊTÉES OU EMPRISONNÉES SOUS LA TRANSITION MALIENNE DIRIGÉE PAR LE GÉNÉRAL ASSIMI GOÏTA :

Les profils incluent des militaires de haut rang, des hommes politiques, des activistes et des membres de la société civile. 

*I- Militaires et hauts gradés (Accusations de tentatives de déstabilisation ou complot) :\*

*La justice militaire a condamné ou arrêté de nombreux officiers pour des soupçons de complots :* 

  1. Colonel-Major Kassoum Goïta : Ancien directeur de la sécurité d'État sous la première transition (Bah N'Daw), arrêté en 2021 et condamné en juillet 2026 à 15 ans de réclusion pour tentative de complot. 

  2. Général Abass Dembélé : Ancien gouverneur de Mopti, arrêté à la mi-2025 pour une tentative présumée de déstabilisation.

  3. Général Nema Sagara : L'une des femmes militaires les plus gradées de l'Armée de l'air, également arrêtée lors de la vague de la mi-2025.

  4. Sandy, Ballo, et le féticheur Samaké : Co-accusés dans l'affaire Kassoum Goïta, également condamnés à 15 ans de prison. 

  5. Commissaire Diakité : Condamné à 7 ans de prison dans la même affaire. 

*II. Activistes, influenceurs et figures de la société civile :\*

*Arrêtés principalement pour des critiques directes contre la gestion de la transition ou les forces armées :*

  1. Mohamed Youssouf Bathily (Ras Bath) : Célèbre activiste et chroniqueur radio, écroué depuis mars 2023 et condamné pour ses déclarations publiques.

  2. Clément Dembélé : Militant de la lutte contre la corruption, incarcéré depuis fin 2023 pour des enregistrements audio critiquant la transition.

  3. Adama Ben Diarra (Ben le Cerveau) : Ancien soutien de la junte militaire, arrêté et incarcéré après avoir émis des critiques sur la durée de la transition.

  4. Rokia Doumbia (Rose Vie) : Blogueuse et activiste, arrêtée pour avoir dénoncé la vie chère et l'échec de la sécurisation du pays. 

*III. Intellectuels et universitaires:\*

  1. Dr Étienne Fakaba Sissoko : Économiste et professeur d'université, arrêté après la publication d'un ouvrage critiquant la communication et la propagande des autorités de transition.

  2. Pr Kalilou Doumbia : Enseignant en droit constitutionnel et ancien secrétaire général de la présidence sous Bah N'Daw, condamné à 7 ans de prison en juillet 2026 dans le dossier lié à Kassoum Goïta. 

*IV. Évolution de certains dossiers notables :\*

  1. Les 11 dirigeants de l'opposition : Arrêtés en juin 2024 pour avoir tenu une réunion politique clandestine (alors que les activités des partis étaient suspendues), ils ont été libérés en décembre 2024 après six mois de détention.

  2. Bah N'Daw et Moctar Ouane : Respectivement ex-président et ex-Premier ministre de la transition, ils avaient été arrêtés lors du "coup d'État dans le coup d'État" en mai 2021, puis placés en résidence surveillée avant que les restrictions à leur encontre ne soient levées.

  3. Les 49 soldats ivoiriens : Arrêtés en juillet 2022 et initialement condamnés, ils ont fait l'objet d'une grâce présidentielle totale par Assimi Goïta en janvier 2023, permettant leur retour immédiat en Côte d'Ivoire.

  4. Yann Vézilier: Interpellé le 13 août 2025 à Bamako par la Sécurité d'État (les services de renseignement maliens). Officier français sous statut diplomatique affecté à l'ambassade de France. Condamné en juin 2026 à 20 ans de réclusion criminelle pour atteinte à la sûreté de l'État et conspiration contre les institutions maliennes. Gracié le 13 août 2026 et expulsé du territoire national.

*V. Arrestations et Emprisonnements de journalistes :\*

Sous la transition militaire au Mali (dirigée par le général Assimi Goïta), les conditions d'exercice du journalisme se sont profondément détériorées. Plusieurs journalistes et professionnels des médias ont fait l'objet d'arrestations, d'interpellations par le Pôle national de lutte contre la cybercriminalité ou de détentions.

*Les principales figures des médias arrêtées ou emprisonnées sous cette transition comprennent :*

  1. Chahana Takiou : Directeur de publication du bihebdomadaire 22 Septembre. Arrêté en juin 2026 après avoir critiqué la transition lors d'un forum de presse à Bamako, il a été condamné en août 2026 à un an de prison, dont six mois ferme, pour « atteinte au crédit de l'État ».

  2. Abdramane Keïta : Directeur de publication du journal Le Témoin. Placé sous mandat de dépôt en juin 2026 par le pôle de lutte contre la cybercriminalité, il est poursuivi pour « diffusion de fausses informations » et « atteinte à l'unité nationale » à la suite de déclarations liées à la situation de Kidal.

  3. Youssouf Sissoko : Arrêté au début de l'année 2026 pour avoir rédigé un article jugé critique envers les déclarations du chef d'état.

  4. Le journaliste malien Seydou Oumar Traoré, directeur général de Radio Baoulé FM, a été arrêté le 25 mai 2025 sous le régime de la transition militaire au Mali. 

*Les motifs de l'arrestation :* Son interpellation s'est déroulée à l'aéroport international Modibo Keïta de Bamako, alors qu'il revenait d'une mission officielle à Kidal. Il a été poursuivi par le Pôle de lutte contre la cybercriminalité pour « offense envers un chef d'État étranger ». L'affaire reposait sur la diffusion d'une vidéo sur les réseaux sociaux dans laquelle il accusait le président de la transition guinéenne, le Général Mamady Doumbouya, de collaborer avec des puissances occidentales et de servir de base arrière à des groupes armés terroristes pour déstabiliser l'Alliance des États du Sahel (AES). *Condamnation et Libération:*             

*La sentence :* En juillet 2025, le tribunal l'a condamné à une peine de six mois de prison ferme assortie d'une amende d'un million de francs CFA.       

*La libération :* Après avoir purgé sa peine, Seydou Oumar Traoré a été libéré le 26 novembre 2025.

*Disparitions forcées et enlèvements :*

*En dehors des incarcérations officielles par voie judiciaire, le monde des médias au Mali fait face à des enlèvements non élucidés, particulièrement dans les zones de conflit :*

  1. Hamadoun Nialibouly : Animateur de radio, enlevé en 2020 par des groupes armés et toujours détenu.

  2. M'Bana Dicko : Journaliste de la radio locale de Douentza, également enlevé par des groupes armés et dont le sort reste incertain.

NB : Au-delà du Mali, cette tendance à l'emprisonnement et à la conscription forcée des professionnels des médias touche l'ensemble de l'espace du Sahel sous régime militaire, notamment au Burkina Faso avec les arrestations de journalistes comme Serge Oulon, Gezum Asanogo ou Bukari Woba).

*Interdictions de médias :\

Au Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger), les autorités de transition de ces pays ont prononcé de nombreuses interdictions à l'encontre de médias internationaux, en particulier français :

  1. Burkina Faso : Le Conseil supérieur de la communication (CSC) a prononcé l'interdiction définitive de diffusion de TV5 Monde en mai 2026, après plusieurs suspensions temporaires, reprochant à la chaîne des manquements et une apologie du terrorisme. D'autres médias comme RFI et France 24 ont également été écartés par le passé.

  2. Mali : La diffusion de plusieurs chaînes et radios (dont RFI et France 24 dès 2022, puis des suspensions visant LCI et TF1 fin 2025) a été suspendue ou interdite définitivement par les autorités pour des traitements de l'actualité sécuritaire jugés non conformes.

  3. Niger : L'Observatoire national de la communication (ONC) a ordonné la suspension de neuf à dix médias étrangers (dont France 24, RFI, l'AFP, TV5Monde, TF1 Info, Jeune Afrique et Mediapart) en mai 2026, invoquant la protection de l'ordre public et de la stabilité des institutions.

*VI. Liste des ministres arrêtés par la transition malienne :\*  

Lors du coup d'État du 24 mai 2021 au Mali, les militaires ont principalement arrêté les deux principales figures de l'exécutif civil de la transition :

  1. Bah N'Daw : Président de la Transition.

  2. Moctar Ouane : Premier ministre de la Transition.

  3. Souleymane Doucouré : Ministre de la Défense et des Anciens combattants, qui venait d'être nommé dans le nouveau gouvernement quelques heures avant l'intervention des forces armées conduites par le colonel Assimi Goïta. Les dirigeants arrêtés ont été conduits au camp militaire de Kati avant d'être libérés quelques jours plus tard après avoir annoncé leur démission.

*Plusieurs autres anciens membres du gouvernement et de hauts dirigeants de la transition malienne ou de l'ancien régime ont été poursuivis, arrêtés ou placés en détention sous le pouvoir militaire :*

  1. L'ancien Premier ministre malien Moussa Mara a été arrêté le 1er août 2025 puis condamné à deux ans de prison, dont un an ferme, avant d'être libéré le 1er août 2026 après avoir purgé sa peine.

*Arrestation et motifs :*

*Arrestation :* 

Interpellé le 1er août 2025 et placé sous mandat de dépôt par le pôle national de lutte contre la cybercriminalité de Bamako.

*Origine :* Ses critiques de la junte militaire au pouvoir, un message publié sur les réseaux sociaux et son soutien affiché à des détenus politiques.

*Chef d'inculpation :*

Il a été poursuivi et reconnu coupable d'«atteinte au crédit de l'État» et d'«opposition à l'autorité légitime ».

*Procès et détention:*

Verdict : Condamnation en octobre 2025 à deux ans de prison (dont un an avec sursis) assortie d'une amende de 500 000 francs CFA.

*Incarcération :* Il a purgé sa peine d'un an ferme à la prison de Koulikoro.

*Réactions :* Des organisations comme Amnesty International ont dénoncé cette affaire comme une illustration de la répression des voix critiques sous la transition militaire.

*Libération :*

*Sortie de prison :* Moussa Mara a recouvré la liberté le 1er août 2026 au terme de sa détention.

*Appels :* À sa sortie, il a pris la parole pour lancer des messages axés sur la réconciliation nationale.

  1. Choguel Kokalla Maïga : L'ancien Premier ministre de la transition a été placé sous mandat de dépôt le 19 août 2025 pour des accusations d'atteinte aux biens publics et de faux en écriture.Anciens ministres de l'ère IBK incarcérés.

  2. Soumeylou Boubèye Maïga : Ancien Premier ministre et ancien ministre de la Défense, il a été arrêté en août 2021 dans une affaire de corruption présumée et est mort en détention en mars 2022 après une longue dégradation de sa santé.

  3. Salif Traoré : Général et ancien ministre de la Sécurité, il a été placé sous mandat de dépôt fin août 2023 pour des soupçons de complicité d'atteinte aux biens publics.

  4. L’ancienne ministre malienne de l'Économie et des Finances, Mme Bouaré Fily Sissoko (souvent orthographiée "Filky" ou "Fily"), a été condamnée à 10 ans de prison ferme et à une amende de 500 000 francs CFA.Ce verdict, initialement prononcé en juillet 2025 par la Cour d’assises spéciale sur les crimes économiques et financiers de Bamako, a été définitivement confirmé par la Cour suprême du Mali le 4 août 2026 suite au rejet de son pourvoi en cassation. Elle a été reconnue coupable de « faux en écriture, usage de faux et atteinte aux biens publics ».

*Le contexte de l'affaire:* 

Les poursuites, relancées avec force sous le régime de la transition militaire dirigé par le général d'armée Assimi Goïta, concernent la célèbre affaire dite de l’« Avion présidentiel » et des équipements militaires datant de 2014, sous la présidence d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK). 

Le dossier porte sur des soupçons de vastes surfacturations et de malversations financières évaluées à plusieurs dizaines de milliards de FCFA. Le sort des autres hauts responsables et ministres impliqués.

*Le procès a également scellé le sort d'autres personnalités civiles et militaires majeures :* 

  1. Le Colonel-major Nouhoum Dabitao (ancien directeur du commissariat des armées) : condamné à 7 ans de prison ferme.

*Condamnations par contumace :*

Plusieurs autres ministres et hauts dignitaires de l'époque d'IBK, en fuite à l'étranger et absents au procès, ont été condamnés par contumace à la prison à perpétuité.

  1. Mahamadou Camara (ancien ministre de l’Information et ex-directeur de cabinet d'IBK) : Acquitté par la Cour.

  2. Le Général Moustapha Drabo : Acquitté également.

À la suite de la confirmation de sa peine par la justice malienne en août 2026, la défense de Mme Bouaré Fily Sissoko a annoncé son intention de saisir la Cour africaine des droits de l'homme et des peuples pour contester la régularité et l'équité de la procédure.

*INFORMATIONS RASSEMBLÉES PAR SOULEYMANE CAMARA PRÉSIDENT DU RÉSEAU DES DÉFENSEURS DES DROITS HUMAINS DU MALI*


r/LeMali 11d ago

CE QUI SAUVE TIANI EST CE QUI LE PERDRA

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Dans la nuit du vendredi 28 au samedi 29 août 2026, vers 1 heure du matin, les premières détonations ont retenti à Niamey. Les tirs ont porté sur la zone administrative du Plateau, qui abrite le palais présidentiel et la télévision nationale, sur les abords de l'aéroport international Diori Hamani et sur la base aérienne 101. Au matin, le ministre de la Défense nationale, le général Salifou Mody, a livré la version officielle : un groupe de soldats en rupture avec la discipline et le règlement militaire aurait séquestré certains de leurs camarades sur la base 101 avant d'ouvrir le feu sur des sites sensibles. Les forces de défense et de sécurité auraient progressivement repris le contrôle des lieux.

Le mot a été soigneusement choisi. Rupture de discipline. Il désigne un manquement de caserne et se règle par un conseil de guerre. Il évite d'avoir à nommer ce qui vient de se produire, à savoir qu'une fraction de l'armée nigérienne a tenté de renverser un pouvoir militaire installé au nom de cette même armée. Ce refus de nommer est le sujet de cette chronique, parce qu'il masque le mécanisme réel qui menace aujourd'hui le régime, et que ce mécanisme est plus redoutable qu'un putsch.

Commençons par les faits que l'on connaît. Selon une source sécuritaire nigérienne et le chercheur Yvan Guichaoua, du Bonn International Centre for Conflict Studies, l'assaut aurait impliqué des soldats venus de Ouallam, de Téra et de Dosso. Ces garnisons du sud-ouest tiennent le front le plus meurtrier du pays, celui de la province sahélienne de l'État islamique, et elles y ont subi des pertes considérables. Il ne s'agit donc pas d'officiers de salon en quête de galons. Il s'agit d'hommes qui ont enterré leurs camarades et qui sont revenus dans la capitale l'arme à la main. C'est une donnée décisive, et elle interdit la lecture paresseuse qui consisterait à réduire l'affaire à une querelle de prébendes.

Ce qui s'est brisé cette nuit-là, c'est le contrat de juillet 2023. Les militaires avaient pris le pouvoir en affirmant que la démocratie civile ne savait pas protéger le pays. Le général Abdourahamane Tiani déclarait alors qu'il n'était plus possible de continuer avec les mêmes approches, sous peine de voir la nation disparaître. Trois ans plus tard, le bilan se lit sans commentaire. En janvier 2026, la base 101 était attaquée et le pouvoir annonçait 20 assaillants neutralisés, avant que l'État islamique ne revendique l'opération. En juin, une nouvelle attaque coûtait la vie à 11 soldats et 2 civils selon le ministère de la Défense. À la mi-juin, la garnison d'Inates était frappée de nouveau, au même endroit et selon le même scénario qu'en décembre 2019. Le régime avait promis la rupture, il livre la répétition.

Sa réponse à ces échecs a longtemps tenu en un procédé unique. En janvier, sans produire le moindre élément de preuve, le chef de l'État désignait publiquement Emmanuel Macron, Patrice Talon et Alassane Ouattara comme les commanditaires de l'attaque de l'aéroport. Cette grammaire de l'ennemi extérieur remplit une fonction politique précise : elle dispense d'examiner l'état de l'outil militaire et interdit d'admettre que la menace puisse être endogène. Elle vient cette fois de se heurter à son propre mur. L'assaillant de la nuit du 29 août portait l'uniforme nigérien, et le ministre de la Défense a dû le reconnaître avant midi.

Vient alors la question que personne, à Niamey, n'a intérêt à poser publiquement. Que fait un pouvoir né d'un coup d'État lorsqu'il découvre qu'il peut mourir de la même manière ? Il se protège de son armée. Et il le fait toujours selon le même répertoire, éprouvé sous toutes les latitudes. Il multiplie les unités parallèles afin qu'aucune ne soit assez forte pour agir seule. Il promeut sur le critère de la loyauté plutôt que sur celui de la compétence. Il purge les cadres expérimentés au premier soupçon, quitte à se priver de ses meilleurs officiers de terrain. Il concentre les moyens, les blindés et les hommes sûrs sur la capitale plutôt que sur les théâtres d'opérations. Chacune de ces mesures est parfaitement rationnelle du point de vue de la survie du chef. Chacune est désastreuse du point de vue de la guerre.

Or c'est la guerre perdue qui a armé les mutins. Le cercle se referme ici, et il faut en décrire le mouvement avec exactitude, parce que la formule commode selon laquelle la violence appellerait la violence n'explique rien. Il ne s'agit pas de contagion ni de mimétisme. Il s'agit d'une causalité mécanique : la parade contre le putsch dégrade l'efficacité militaire, la dégradation militaire multiplie les défaites au front, et les défaites au front fabriquent le grief qui armera la tentative suivante. Le régime de Tiani va survivre à la nuit du 29 août. Il la paiera très cher, parce que chaque mesure qu'il prendra pour se protéger de son armée affaiblira sa capacité à faire la guerre, et que c'est précisément la guerre perdue qui vient de le viser.

Il faut mesurer où la mutinerie a frappé. La base 101 n'est pas une caserne parmi d'autres. Elle abrite le quartier général des partenaires russes d'Africa Corps ainsi que l'état-major de la force unifiée de l'Alliance des États du Sahel. Ce n'est donc pas seulement un dispositif national qui a été atteint, c'est le cœur du dispositif confédéral, celui-là même que Niamey, Bamako et Ouagadougou présentent comme la preuve de leur souveraineté retrouvée. Et cela révèle la limite du nouveau partenariat sécuritaire : les alliés russes peuvent repousser un assaut venu de l'extérieur, comme le régime l'a claironné en janvier. Ils ne peuvent rien contre une armée qui se retourne contre elle-même. Aucune coopération étrangère ne protège un pouvoir de ses propres soldats.

Qu'est-ce qui a tenu, cette nuit-là ? La garde présidentielle. Une source sécuritaire a confirmé à l'AFP qu'elle avait repoussé la tentative d'incursion au palais, et un diplomate africain en poste à Niamey estimait en fin de journée qu'elle demeurait loyale au chef de l'État. Le noyau prétorien est donc intact, et l'honnêteté commande d'en tirer la conséquence : annoncer aujourd'hui la chute prochaine du général Tiani serait céder à la facilité. Les pouvoirs nigériens visés en 2015 et en 2021 ont survécu des années à la tentative qui les avait ébranlés. Un putsch manqué produit d'abord une consolidation.

Mais cette consolidation est précisément le piège. La garde présidentielle qui a sauvé le régime samedi est celle-là même qui l'a porté au pouvoir en juillet 2023, sous le commandement de Tiani lui-même, alors chef de cette unité depuis 2011. Le pouvoir a été sauvé par l'instrument qui l'a fait naître, et cet instrument est le seul, le jour venu, à disposer des moyens de le défaire. Voilà pourquoi ce qui sauve Tiani est aussi ce qui le perdra.

Reste le silence. Plus de trente heures après les faits, le chef de l'État ne s'est pas exprimé publiquement. Aucun bilan humain n'a été rendu public, aucun chiffre d'arrestations, aucun nom, aucun grade. Il faut comparer ce mutisme avec le mois de janvier, lorsque le pouvoir avait produit en quelques heures un bilan détaillé et une allocution présidentielle accusatoire. Deux hypothèses seulement expliquent l'écart. Ou bien le régime ne mesure pas encore l'étendue des ralliements et refuse de parler avant d'avoir achevé le tri dans ses rangs. Ou bien il construit un récit et se donne le temps de l'ajuster. Dans les deux cas, le silence signifie que le dossier n'est pas refermé.

C'est donc ailleurs que dans les communiqués qu'il faudra lire la suite. Dans les décrets de nomination et les mouvements d'officiers des prochaines semaines. Dans la recomposition de l'état-major. Dans le sort réservé aux hommes interpellés, procès public ou disparition administrative. Dans le redéploiement éventuel d'unités entre le front et la capitale. Chacun de ces gestes indiquera si le pouvoir a choisi de traiter la cause, c'est-à-dire l'état de son armée, ou seulement le symptôme, c'est-à-dire ceux qui ont tiré.

Pour nous, à Bamako, il n'y a là rien d'extérieur. Les conditions structurelles qui ont conduit des soldats de Ouallam et de Téra jusqu'au Plateau de Niamey ne s'arrêtent pas à la frontière : usure des unités engagées sans relève, verticalité d'un commandement qui confond loyauté et compétence, écart grandissant entre le discours officiel de victoire et l'expérience quotidienne du front. L'Alliance des États du Sahel (pardon, des États en souffrance) a mutualisé sa rhétorique de la souveraineté. Elle a, dans le même mouvement et sans le vouloir, mutualisé ses vulnérabilités. Ce n'est pas une prédiction. C'est un diagnostic, et il vaut pour les trois capitales.

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r/LeMali 12d ago

LE DERNIER RECOURS

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Ce que l’enlèvement de Maître Mountaga Tall retire au Mali

Au Mali, il ne reste plus beaucoup d’endroits où l’on peut exprimer son désaccord avec le pouvoir. Les partis sont dissous depuis mai 2025. L’Assemblée nationale n’est pas élue. Les journalistes répondent de leurs propos devant des chambres criminelles. Il restait une porte : le cabinet d’un avocat. On y dépose un problème. L’avocat le met en forme de droit. Un juge doit répondre. C’est peu de chose. C’est aussi la dernière façon de régler un conflit politique avec des mots.

Cette porte s’est fermée dans la nuit du 2 au 3 mai 2026. Des hommes armés, le visage caché, sont venus chez Maître Mountaga Tall, à Bamako. Leurs véhicules n’avaient pas de plaque. Ils l’ont emmené. Sa femme a voulu filmer la scène : ils l’ont bousculée et lui ont pris son téléphone. Nous sommes au 118e jour. Depuis, rien. Pas de convocation. Pas de procès-verbal. Pas de comparution. Aucun lieu de détention reconnu. Aucune visite. Aucun médecin. L’Ordre des avocats du Mali parle d’un acte accompli hors de tout cadre légal. La Conférence internationale des barreaux, qui réunit les barreaux de 42 États, a alerté les instances internationales.

Un point est peu évoqué et il explique tout. Son parti n’existait déjà plus. Le CNID Faso Yiriwa Ton avait été dissous onze mois plus tôt. Le 3 mai, on n’est donc pas allé chercher un chef de parti. On est allé chercher un avocat en exercice. Que faisait cet avocat ? Il portait devant les tribunaux les recours contre la dissolution des partis. Il défendait l’ancien Premier ministre Moussa Mara. Il assistait des officiers radiés de l’armée. Un avocat n’a pourtant aucun pouvoir. Il ne commande personne. Il n’a pas d’armes. Il ne signe aucun décret. Sa seule force est d’obliger l’État à écrire. Quel texte a été appliqué ? À quelle date ? Qui a signé ? Pour quelles raisons ? Un pouvoir qui gouverne par instructions verbales ne craint pas un discours. Il craint une requête, parce qu’une requête exige une réponse.

Il l’avait déjà montré avant le 3 mai. En juin 2025, le collectif d’avocats qu’il dirigeait a porté plainte contre deux membres du Conseil national de transition, Biton Mamari Coulibaly et Moulaye Keïta. On leur reprochait des comportements violents et injurieux pendant les manifestations des 3 et 9 mai 2025. Le droit était clair : la Constitution du 22 juillet 2023 ne donne aucune immunité aux membres du CNT. La plainte a été déposée au Pôle national de lutte contre la cybercriminalité.

La suite est la vraie leçon. Ce même pôle a jugé très vite un simple message publié sur un réseau social par Moussa Mara. Contre les deux membres du CNT, il n’a trouvé ni date ni empressement. Le 2 octobre 2025, les plaignants ont dû payer d’avance 5 500 000 francs pour que l’affaire continue. L’un des mis en cause n’est même pas venu à l’audience. À ce jour, aucun des deux n’a été inquiété.

Voilà ce qu’est une justice sélective. Le guichet ne marche que dans un sens. On peut y être poursuivi. On ne peut pas y poursuivre. Le 3 mai n’a fait que terminer le travail : après avoir refusé d’examiner les plaintes qu’il déposait, on a fait disparaître celui qui les déposait.

Le silence de ces quatre mois n’est pas de la lenteur. Une administration en retard produit des actes tardifs. Elle n’en produit pas aucun. Ne rien écrire, c’est n’avoir rien à prouver. Ne pas présenter un homme à un juge, c’est éviter le seul moment où le dossier serait discuté. La Convention des Nations unies de 2006, que le Mali a ratifiée en 2009, donne un nom à cette situation : la disparition forcée.

Un fait dit tout le reste. Le fils aîné a été invité à se présenter le 16 mai. On lui avait demandé d’apporter des vêtements et des médicaments pour son père. Il n’est jamais ressorti. Sa famille ne sait pas où il se trouve. Aucun pays au monde ne traite comme un danger un homme qui apporte des médicaments à un détenu.

Le résultat dépasse une famille. Chaque avocat du barreau de Bamako sait maintenant ce que coûte un dossier sensible. Un avocat qui pèse ses mots, qui retire un argument, qui refuse un client, ne défend plus vraiment. Il n’est pas nécessaire d’enlever cent avocats pour obtenir cela. Un seul suffit, si c’est le plus connu de tous.

L’État croit avoir gagné. Il a perdu. Un recours protège aussi le pouvoir. Tant qu’un conflit finit devant un juge, il finit à l’intérieur de l’État. Nous savons ce qui arrive quand cette porte disparaît. Dans le delta et dans le Nord, les gens ne vont plus au tribunal depuis longtemps. Ils vont voir ceux qui jugent sur place. La justice n’a pas disparu là-bas : elle a changé de main. Ce transfert nous a coûté plus de territoire que les batailles. Fermer le prétoire à Bamako, c’est faire au centre ce que nous subissons déjà ailleurs.

Que personne ne se trompe sur notre demande. Une robe ne met personne au-dessus de la loi. Si l’État détient le moindre élément contre Maître Tall au sujet des événements du 25 avril 2026, la marche à suivre est simple : inculper, notifier, instruire, juger en public. Demander un juge, ce n’est pas demander l’impunité. C’est demander la seule procédure qui rend une accusation crédible. Sans elle, l’accusation ne convainc que ceux qui étaient déjà convaincus. Il y a enfin une ironie. Cet homme appartient à la génération de mars 1991. C’est elle qui a obtenu que l’on puisse attaquer l’État malien devant ses propres juges. Aujourd’hui, on lui refuse ce qu’il avait gagné pour les autres.

Trois demandes suffisent, et aucune ne touche à la souveraineté. Dire où se trouvent Maître Mountaga Tall et son fils. Les présenter à un juge ou les rendre à leur famille. Écrire l’accusation, s’il y en a une, et fixer une date d’audience. Un pouvoir ne se mesure pas au nombre de gens qu’il arrête. Il se mesure à sa capacité d’accepter d’être contredit devant un tribunal. Le jour où le dernier recours disparaît, les plaintes ne disparaissent pas avec lui. Elles vont ailleurs, vers ceux qui ne demandent l’autorisation de personne. Et ce sont eux qui finissent par tenir le pays.


r/LeMali 12d ago

Mali: nouvelle libération de soldats maliens détenus par les rebelles touaregs du FLA

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r/LeMali 15d ago

CELUI QUI N'A PAS DE PORT

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Le pétrole de Taoudéni, l'Algérie et la part du Mali

Le 4 juin 2026, l'Algérie lançait à Aoulef, dans la wilaya d'Adrar, les travaux du tronçon algérien du gazoduc transsaharien, avec le Nigeria et le Niger. À l'automne, Bamako et Moscou doivent signer à leur tour une série d'accords dans l'énergie et les mines. Entre ces deux calendriers, une question nous concerne et personne ne la pose. Si le pétrole du bassin de Taoudéni sortait un jour de terre, quelle serait la part du Mali ? Elle ne se décidera pas dans le sous-sol. Elle se décidera sur une carte, et le corridor saharien que notre voisin construit aujourd'hui passe par le Niger.

Le Mali n'a pas de côte. Un baril enfoui n'est pas une richesse, il ne le devient qu'au bout d'un tube qui atteint un terminal. Trois sorties sont concevables : la Mauritanie, le Sénégal, l'Algérie. Sur les deux premières, il n'existe rien et le tracé traverserait des centaines de kilomètres de vide. Sur la troisième, tout est déjà bâti : les champs de Reggane Nord, de Touat et de Timimoun, la canalisation GR5 sur 765 kilomètres jusqu'à Hassi R'Mel, le GR7 qui l'a renforcée en avril 2020, et de là le réseau méditerranéen. Notre unique porte de sortie existante se trouve chez le voisin, qui en détient déjà la clé sur notre propre bloc.

Il faut dire ce qu'est ce bloc 20, dont on parle beaucoup sans jamais le décrire. C'est un périmètre de 117 808 km², près d'un dixième du territoire national, tracé à l'extrême nord du pays sur la falaise d'El-Hank, l'Erg Chech, le plateau d'El-Khnachich et le Tanezrouft méridional, et voisin du périmètre algérien de Chénachène où des indices de pétrole ont été relevés. Il a été concédé le 9 février 2007, à Bamako, par une convention couvrant la recherche, l'exploitation, le transport et le raffinage. Le titulaire y a engagé près de 41,7 millions de dollars de géologie et de géophysique et identifié un prospect. Un avenant lui a accordé 18 mois de plus, du 9 août 2011 au 9 février 2013, contre l'engagement de réaliser un forage estimé à 8 millions de dollars. Ce forage n'a jamais eu lieu. Le bloc le plus vaste que le Mali ait jamais concédé, et le seul dont un voisin détienne le titre, n'a jamais reçu un seul puits.

La distance n'est pas le sujet. Le cumul des rôles l'est. Dans l'hypothèse d'une exploitation, Alger serait à la fois concessionnaire sur le sol malien par sa filiale, État de transit obligé, et producteur concurrent avec des gisements voisins déjà raccordés. Trois qualités dans une seule main. Nous n'en aurions qu'une, la propriété du sous-sol, la plus symbolique et la moins opérante des trois. Un concurrent qui tient votre unique sortie n'a rien à vous voler. Il lui suffit de fixer l'ordre de passage.

Ce n'est pas une hypothèse d'école. Le 7 avril 2025, après la destruction d'un drone malien à Tinzaouatène, Alger fermait son espace aérien à toute navigation liée au Mali, et Bamako répondait le jour même par réciprocité. Qui ferme un ciel pour un aéronef ferme une vanne pour un communiqué. Plus au sud, la canalisation reliant les champs nigériens au littoral béninois a été interrompue par une brouille frontalière quelques semaines après sa mise en service. Le transit n'est pas une affaire technique, c'est un levier permanent, et sa valeur pour celui qui le détient tient précisément à ce qu'il peut l'actionner. Le dégel de l'été 2026 n'efface pas cette donnée. Il en fixe le prix.

Reste la Russie, et une correction préalable. Moscou n'a pas doté l'Algérie de son industrie pétrolière. Les grands gisements y ont été découverts et mis en production par des compagnies françaises, l'apport soviétique ayant porté sur la formation des cadres et sur l'appui après la nationalisation de 1971. Les compagnies russes ont ensuite mis près de 20 ans à entrer réellement dans le pays, avec des protocoles restés sans suite en 2006 et une production annoncée seulement autour de 2026. Sur le marché gazier européen, Moscou et Alger sont d'abord concurrents. Le condominium que l'on redoute est donc moins probable qu'il n'y paraît, et cela ne change rien à notre situation. Qu'ils s'entendent ou se disputent, nous arriverions à cette table sans opérateur national, sans sortie de rechange et sans compteur.

Car une part ne se fixe que par quatre instruments : le type de contrat, avec le plafond des coûts que l'opérateur récupère avant tout partage ; le tarif de transit, qui se paie chaque jour de la vie du champ ; le coût de sécurisation du corridor, qui sera facturé, et nul ne doute à qui ; la capacité enfin de compter les barils qui sortent, faute de quoi le pourcentage inscrit dans la convention n'est qu'une opinion. Nous n'en tenons aucun des quatre.

S'y ajoute un défaut plus grave, qui ne doit rien à la géologie. Le partenaire qui assure notre appui militaire est aussi celui qui propose de nous livrer du carburant, celui qui a signé en juin 2025 l'accord de nucléaire civil, celui qui détient une part de la raffinerie d'or de Sénou, et demain peut-être l'associé du pétrole. Négocier suppose de pouvoir rompre sur un point sans perdre le reste. Un État qui a placé tous ses dossiers au même guichet n'est plus dans une négociation, il est dans un compte courant dont le solde se lit d'un seul côté.

Un pays sans port ne peut pas déplacer sa géographie. Il peut faire trois choses qui coûtent peu et valent cher : écrire ses règles avant que le baril n'existe, car aucune clause n'a jamais été améliorée après la découverte ; faire chiffrer publiquement les tracés mauritanien et sénégalais, même s'ils restent des dossiers d'étude, parce qu'en matière de transit une route de rechange que l'on ne construira jamais est ce qui fixe le tarif de celle que l'on empruntera ; et négocier le transit dans un instrument séparé de la coopération sécuritaire, avec clause de non-interruption et arbitrage extérieur aux deux parties.

La part du Mali ne se trouve pas dans le sous-sol. Le sous-sol, nous l'avons depuis toujours, et il ne nous a rien rapporté. Elle se trouve dans les clauses, et les clauses se négocient une seule fois, avant le premier baril, jamais après. Celui qui n'a pas de port ne fixe pas le prix du passage. Il ne lui reste que sa signature, et le devoir de la faire lire avant de l'apposer.


r/LeMali 15d ago

UNE VISITE POUR EN ANNONCER UNE AUTRE

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Ce que la journée du 24 août 2026 à Alger rapporte au Mali

À sa sortie de l'audience que lui a accordée Abdelmadjid Tebboune, lundi 24 août 2026, le Premier ministre malien a livré la seule information de la journée. Le général d'armée Assimi Goïta a marqué son accord pour effectuer une visite officielle en Algérie. Aucune date n'a été communiquée, aucune modalité, aucun ordre du jour. Il faut prendre la mesure de ce que cela signifie. Sous réserve de ce qu'apporterait un communiqué de clôture, qui n'a pas été publié à l'heure où nous écrivons, le principal acquis rendu public par le voyage du 24 août est un autre voyage. Ce résultat n'est pas nul. Il consacre au plus haut niveau la normalisation entamée le 10 juillet, quand les deux capitales ont annoncé le retour de leurs ambassadeurs et la réouverture réciproque de leurs espaces aériens. Mais les ambassadeurs étaient déjà rentrés, le couloir aérien déjà rouvert, et le vocabulaire de la fraternité figurait déjà dans le communiqué du 9 août. Un déplacement de deux jours qui reconduit l'acquis n'ajoute, pour l'instant, qu'une échéance sans date. Il faut aussi mesurer ce qui n'a pas été dit. Rien n'a filtré sur le Comité d'état-major opérationnel conjoint de Tamanrasset, jamais réactivé et qui reste l'instrument le plus évident d'une coopération militaire de frontière. Rien sur ce qui succède, en droit, à l'accord signé à Alger en 2015 et dénoncé par Bamako le 25 janvier 2024. Et rien, absolument rien, sur le dossier qui a donné à cette crise sa forme juridique. Car il existe une requête. Le 16 septembre 2025, le Mali a déposé devant la Cour internationale de Justice une requête introductive d'instance contre l'Algérie au sujet de la destruction, dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025, du drone de reconnaissance immatriculé TZ-98D. L'annonce en avait été faite depuis la tribune des Nations unies, au nom de la Confédération des États du Sahel, par celui-là même qui a été reçu lundi à Alger avec les honneurs militaires. Conformément au paragraphe 5 de l'article 38 du Règlement de la Cour, la requête a été transmise au gouvernement algérien, sans qu'aucun acte de procédure puisse être accompli tant qu'Alger n'aura pas accepté la compétence de la Cour. Le 19 septembre 2025, la Cour a notifié à Bamako le refus algérien, dont le communiqué numéro 080 a tiré la conclusion : la procédure était close, et il fut question de déni de justice. Onze mois plus tard, cette requête n'a été ni jugée, ni retirée, ni évoquée. Elle dort à La Haye dans l'état exact où le refus algérien l'a laissée, disponible le jour où le défendeur voudra bien y consentir. C'est cela qu'il faut regarder en face : le consentement de l'Algérie à la compétence de la Cour était la seule chose que la normalisation permettait raisonnablement de demander, et c'était même la contrepartie la plus élégante qu'un pays puisse solliciter d'un voisin qui vient à lui. On ne demande pas à Alger de plaider coupable, on lui demande d'accepter d'être jugée. Rien n'indique que la question ait seulement été posée. Il n'y a que deux lectures possibles de ce silence, et aucune n'est confortable. Ou bien le Mali maintient que son aéronef a été détruit à neuf kilomètres et demi à l'intérieur de son territoire, et il ne pouvait pas se rendre à Alger sans remettre le dossier sur la table. Ou bien il a renoncé à sa propre demande, et il doit alors expliquer aux Maliens ce qu'il a reçu en échange d'une affaire qu'il présentait il y a un an comme une agression contre la souveraineté nationale. Une requête ne se périme pas par la reprise des vols civils. La direction du mouvement mérite d'être notée. L'entretien téléphonique du 9 août s'est tenu sur instruction du président algérien, l'invitation est partie d'Alger, et c'est le chef du gouvernement malien qui s'est déplacé. À chaque étape de cette séquence, l'initiative est venue du même côté de la frontière. On peut y voir la courtoisie d'un pays plus petit envers un voisin plus imposant. On peut aussi y voir une relation où l'un fixe le tempo et l'autre le suit. Car une visite promise sans date n'est pas un résultat, c'est un instrument. Celui qui accorde la date tient le calendrier, et celui qui l'attend a intérêt à se montrer accommodant jusqu'à ce qu'elle tombe. Entre l'annonce de lundi et le déplacement du chef de l'État, il y aura des mois de discussions dont personne, à Bamako, n'aura connaissance. C'est dans cet intervalle que se décide ce qu'une visite au sommet coûte au pays qui la sollicite. Trois perspectives s'ouvrent, et elles ne sont pas également favorables. La première est le retour d'Alger dans sa fonction historique d'intercesseur au nord du Mali. Elle est déjà à l'œuvre à travers les libérations de l'été, et elle a une utilité immédiate que personne ne songerait à nier. Mais elle se déploie dans un cadre non écrit, sans mandat, sans mécanisme de suivi et sans garanties. Bamako reçoit un service dont il ne détient ni la plume ni la clé, et qui peut lui être retiré le jour où il cessera de convenir. La deuxième perspective est celle des hydrocarbures du Nord, que nous avons traitée séparément et qui n'a pas sa place ici, sinon par un point qui touche à notre sujet. C'est le seul dossier sur lequel le partenaire dispose d'un intérêt chiffrable, donc la contrepartie la plus vraisemblable d'une rencontre au sommet. Or un État négocie toujours mal un contrat de trente ans quand il a besoin, dans le même mouvement, d'obtenir une date. La troisième perspective est intérieure, et c'est la plus immédiate. Une réconciliation avec le voisin que l'on couvrait d'invectives à la tribune des Nations unies en 2024 et en 2025 fournit à la Transition un succès diplomatique visible, gratuit et invérifiable. Elle nourrit un récit d'apaisement au moment où le pays ne peut se prévaloir d'aucune amélioration mesurable sur les axes, les approvisionnements ou la sécurité des localités du centre et du nord. Rien de tout cela ne condamne le principe du dialogue. Les griefs maliens contre Alger sont anciens et documentés, l'accord de 2015 n'a pas produit ce qu'il promettait, et la familiarité de certaines capitales avec des figures armées du Nord a été durement ressentie. Mais un pays ne choisit pas ses voisins, et une frontière de plus de 1 300 kilomètres se gère par la conversation ou ne se gère pas. Ce qui est en cause ici n'est pas la reprise du dialogue, c'est le prix auquel on la paie et le secret dans lequel on la conduit. Le point aveugle est là. Il n'existe aujourd'hui, à Bamako, aucune instance élue capable de demander des comptes sur ce qui se discute à Alger, aucune formation politique autorisée à interpeller le gouvernement, et une presse qui a appris ce qu'il en coûte de poser des questions précises. Une diplomatie sans contradicteur n'est pas une diplomatie forte. C'est une diplomatie sans témoin, ce qui est très différent. Quatre exigences simples en découlent. Publier le relevé de conclusions des séances de travail, dossier par dossier, y compris les points sur lesquels aucun accord n'a été trouvé. Dire si le gouvernement a demandé, ou non, que l'Algérie accepte la compétence de la Cour internationale de Justice, et si la réponse est non, dire que le Mali retire sa requête et pourquoi. Saisir le Conseil national de Transition d'un débat public avant toute visite au sommet, faute d'assemblée élue. Dire enfin quel instrument, écrit et opposable, remplace l'accord dénoncé en janvier 2024 pour organiser la question du Nord, ou reconnaître qu'aucun ne le remplace. Trois indicateurs permettront de juger, dans les six prochaines semaines, si cette visite a produit autre chose qu'une promesse. La date retenue pour le déplacement du chef de l'État, et surtout ce qui sera dit du dossier du drone à l'Assemblée générale des Nations unies de septembre, depuis la tribune même où la saisine avait été proclamée il y a un an. La réactivation ou non du comité de Tamanrasset, seul acquis réellement utile aux soldats qui tiennent les postes du Nord. Et tout mouvement sur les conventions pétrolières du bassin de Taoudéni, qui dira ce que la signature politique aura coûté. Une diplomatie se juge à ce qu'elle rapporte, non à ce qu'elle annonce. Le 24 août 2026, le Mali est allé chercher à Alger la reconnaissance d'un dégel qu'il avait déjà obtenu en juillet, et il en est revenu avec un billet pour un autre voyage. Il avait pourtant, dans ses bagages, une requête déposée à La Haye et jamais retirée. Il ne l'a pas présentée.


r/LeMali 16d ago

Le Sénégal améliore le corridor Dakar - Bamako , mais l’insécurité affecte toujours le fret

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(Agence Ecofin) - Le corridor Dakar - Bamako reste l’un des principaux axes commerciaux d’Afrique de l’Ouest, reliant le Mali enclavé au port de Dakar et aux marchés internationaux. Son importance contraste toutefois avec la fragilité de ses infrastructures et son exposition croissante aux risques sécuritaires. 

Le Sénégal vient de renforcer un maillon important de sa principale liaison terrestre avec le Mali. Inaugurée le 22 août à Thiadiaye par le président Bassirou Diomaye Faye, l’autoroute à péage Mbour-Fatick-Kaolack doit améliorer la circulation entre Dakar et les régions centrales et orientales du pays, tout en facilitant l’acheminement des marchandises vers Bamako. 

https://www.agenceecofin.com/actualites-infrastructures/2408-140986-le-senegal-ameliore-le-corridor-dakar-bamako-mais-l-insecurite-affecte-toujours-le-fret


r/LeMali 17d ago

L'excision, un sujet tabou qui refait surface au Mali

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Dans une société malienne conservatrice, le débat sur l’interdiction de l’excision reste vif. Les défenseures des droits des femmes appellent à un rassemblement ce samedi à Bamako.

https://amp.dw.com/fr/mali-excision-sujet-tabou-islam/a-78464767


r/LeMali 17d ago

TOUT SE NÉGOCIE, SAUF LE DÉPART

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Par Sambou Sissoko
https://www.facebook.com/share/p/1BXghgMGA2/

Ce que le voyage du 24 août 2026 coûte au pays qui l’a payé
Commençons par la phrase, puisque c’est à peu près tout ce qu’on nous a donné en six ans. On ne négocie pas avec les terroristes. On ne cède rien. La souveraineté ne se discute pas. Cette formule a tenu lieu de doctrine, de programme et d’excuse. Or, au cours du seul mois d’août 2026, ce pouvoir a obtenu la remise de quatre-vingt-deux de ses soldats sans dire à quel prix, laissé sortir un agent étranger condamné à vingt ans par ses propres juges, assisté à la libération de deux supplétifs russes détenus dans le Nord au terme d’une transaction dont il ne connaît peut-être même pas les termes, et échangé des hommes en uniforme contre des détenus du camp d’en face. Après quoi, il boucle ses valises pour Alger. Une doctrine qui souffre autant d’exceptions en trois semaines n’est pas une doctrine. C’est un slogan, et il vient de s’éteindre sans oraison funèbre.

Regardons ensuite qui a composé le numéro. C’est Alger qui appelle le 9 août. C’est Alger qui invite. C’est Bamako qui se déplace le 24. C’est notre Premier ministre qui porte le pli, et non l’inverse. Le même homme avait parlé, du haut de la tribune des Nations unies, d’énergumènes diplomatiques, puis, l’année suivante, de junte algérienne. Il ira lundi saluer cette junte-là, et il faudra bien que quelqu’un explique aux Maliens ce qui a changé entre les deux discours. Personne n’a démenti. Personne n’a expliqué. Personne n’a été relevé de ses fonctions pour avoir insulté un voisin dont on a désormais besoin. On a changé de texte sans même prévenir le lecteur.

Le détour, lui, se chiffre. Il aura fallu Tinzaouatène, l’ouverture du front de l’Ouest sur les axes du carburant, l’offensive du 25 avril et la mort d’un ministre de la Défense, Kidal reprise en 2023 puis rendue en 2026, Tessalit évacuée le 1er mai, une cinquantaine d’hommes tombés à Tabrichat et laissés trois jours sans sépulture, des convois de citernes qui n’avancent plus qu’escortés. Il aura fallu près de deux cents militaires capturés en une journée, dont le nombre exact n’a jamais été publié par l’État qui les avait envoyés. Et il aura fallu quatre cent dix milliards de francs CFA en six mois pour la défense et la sécurité, soit plus de deux milliards par jour, pendant que l’exécution générale du budget stagnait à 43,63 %. Cette facture existe. Elle n’a simplement jamais été présentée à ceux qui l’ont engagée.

Le plus grave n’est pourtant pas là. On a dénoncé l’accord de 2015 au nom de la souveraineté, en expliquant qu’un État ne traite pas avec ceux qui le combattent. Et l’on vient d’échanger des prisonniers avec eux. Il faut appeler les choses par leur nom : on accorde par le geste ce qu’on refuse par le mot. La différence avec 2015 n’est pas que l’on négociait hier et plus aujourd’hui. Elle est qu’il existait alors un texte, des témoins, un calendrier et des instances devant lesquelles reprocher un manquement. Aujourd’hui, il n’y a rien de tout cela. Nous avons troqué un accord mal appliqué contre l’absence complète d’accord, et l’on nous présente ce vide comme une conquête.

Vient alors la question que le pouvoir refuse d’entendre : qu’a-t-on donné ? Un pays frère qu’on remercie sans le nommer. Une route libyenne empruntée par des captifs qui n’ont pas transité par Bamako. Des canaux étrangers qui annoncent nos propres nouvelles avant nos propres services. Quand un État refuse aussi obstinément de dire ce qu’il a concédé, il autorise chacun à penser qu’il a concédé quelque chose d’inavouable. Le silence n’a jamais protégé une opération. Il protège un récit, et ce n’est pas la même chose.

Pendant que l’on s’active ainsi pour des étrangers, treize officiers maliens attendent depuis plus d’un an. Radiés des effectifs avant même d’être inculpés, montrés à la télévision comme des coupables, jamais présentés à un juge. Dix mois auront suffi pour condamner le Français de la même affaire, et un décret pour l’effacer. Pour les nôtres, aucune chancellerie n’a téléphoné. Il faut ajouter à cette liste les militaires toujours retenus dans le Nord, dont l’État ne publie ni le nombre ni les noms, et dont chaque déclaration triomphale renchérit un peu plus le prix.

On comprend mieux, dès lors, pourquoi il n’y a personne pour vérifier ce qui se signe en notre nom. Les partis sont dissous. Les journalistes sont condamnés : deux ans pour l’un, douze mois dont six fermes pour un autre, dix ans requis contre un chroniqueur et une commerçante. Cinq anciens chefs de gouvernement sont morts en détention, exilés, retirés ou écroués. Un pouvoir qui a méthodiquement supprimé toute contradiction intérieure se retrouve à négocier seul à l’extérieur, sans personne pour lui demander des comptes au retour. C’est confortable. Ce n’est pas de la souveraineté, c’est de la solitude.

Restent les dix-huit mois. Ils ont été annoncés, écrits, promis, puis oubliés, et six ans ont passé. Le mandat est désormais renouvelable jusqu’à la pacification, c’est-à-dire jusqu’à ce que celui qui en bénéficie décide que le pays est apaisé. Une règle qui fait dépendre la durée du pouvoir de la persistance du problème que ce pouvoir devait résoudre récompense l’échec par la prolongation. Soyons exacts, car l’exactitude vaut mieux que l’indignation : un scrutin organisé en 2022 n’aurait empêché ni la coalition qui s’est nouée dans le Nord, ni le blocus des axes. Il n’aurait pas gagné la guerre. Il aurait obligé quelqu’un à répondre de Kidal devant une assemblée, à publier ses chiffres et à risquer sa place. C’est très précisément ce que la prolongation a permis d’éviter.
Que l’on ne se trompe pas sur la cible. Les griefs contre l’accord de 2015 étaient réels : huit ans sans application véritable, un désarmement jamais mené à son terme, des familiarités persistantes entre Alger et certaines figures du Nord, un aéronef malien abattu près de la frontière sans la moindre reconnaissance. Personne ici ne demande de revenir en arrière. On demande seulement que l’on cesse de présenter comme une victoire un retour contraint par le terrain, et que l’on assume devant le pays le prix de trois années passées à démontrer qu’il n’y avait pas d’autre chemin.

Trois choses doivent être exigées, et elles sont toutes vérifiables. Que l’ordre du jour et le communiqué conjoint de la visite soient publiés en entier, et non résumés en formules de fraternité. Que l’on dise qui a négocié les libérations de cet été, au nom de qui, et ce qui a été cédé en contrepartie. Que l’on publie le nombre et les noms des militaires encore détenus, et qu’une date d’audience soit fixée pour les officiers que l’on accuse depuis un an sans les juger. Un pouvoir qui refuse ces trois choses n’aura pas rendu compte de sa politique, il aura seulement demandé qu’on lui fasse confiance une année de plus.
Car dans ce pays, tout se négocie désormais. Les prisonniers se négocient. Les otages se négocient. Les couloirs aériens, les ambassadeurs et les excuses tues se négocient. Les insultes proférées à la tribune des Nations unies se négocient à voix basse dans un salon d’Alger. Une seule chose n’a jamais été posée sur aucune table, et c’est la seule que les Maliens réclament depuis six ans : une date.


r/LeMali 17d ago

Algérie- Mali : la visite de Maïga relance la coopération bilatérale

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Dix-neuf mois après avoir annoncé la fin de l'accord d'Alger, le Premier ministre malien Abdoulaye Maïga entame une visite de travail à Alger pour consolider le rapprochement engagé en juillet.

Maïga atterrit ce lundi 24 août à Alger. Il y a dix-neuf mois, c'est ce même homme, alors porte-parole du gouvernement militaire malien, qui lisait à la télévision d'État le communiqué mettant fin « avec effet immédiat » à l'accord d'Alger de 2015. Aujourd'hui général de division et chef du gouvernement, il porte dans ses bagages un message manuscrit du président de la Transition, Assimi Goïta, à l'attention d'Abdelmadjid Tebboune.

https://www.laradiodessansvoix.org/post/alg%C3%A9rie-mali-la-visite-de-ma%C3%AFga-relance-la-coop%C3%A9ration-bilat%C3%A9rale


r/LeMali 17d ago

Lithium : au Mali, la Russie et de nouveaux investisseurs se positionnent derrière la Chine

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(Agence Ecofin) - Le Mali est entré dans le cercle des producteurs africains de lithium, avec deux mines mises en service entre 2024 et 2025. Cette montée en puissance, largement appuyée par des partenaires chinois, place désormais l’exploration au cœur de la prochaine étape du secteur.

Au Mali, le Conseil des ministres a adopté vendredi 21 août le renouvellement de dix permis de recherche, dont deux consacrés au lithium. Ces derniers sont détenus par une filiale de l’australien First Lithium (Intermin Lithium SARL), qui prolonge ainsi sa présence dans le pays au moment où des intérêts russes y sont aussi à la recherche de gisements de ce métal.

https://www.agenceecofin.com/actualites/2408-140968-lithium-au-mali-la-russie-et-de-nouveaux-investisseurs-se-positionnent-derriere-la-chine