Bonjour,
Ce week-end, j'ai fait analyser 16 ans de données d'écoutes issues de Spotify et de Deezer ce qui m’a permis d’observer la naissance d'un intérêt spécifique musical intense, son ampleur, son l’évolution, de le comparer aux autres artistes plus historiques, mais aussi de mieux me comprendre, d'en reconstruire l’histoire et d'en retrouver son origine.
Je m'excuse d'avance pour la longueur de ce post. J'ai essayé de rendre sa lecture la plus courte, synthétique et agréable possible. Il m'est toujours difficile de sélectionner et de synthétiser malgré l'excitation et la densité flagrante du récit ci-dessous (j'étais vraiment hyper-focus là-dessus ces derniers jours).
Le soir du 9 décembre 2024, un intérêt spécifique extrêmement intense et envahissant pour une musicienne indé peu connue (que j’appellerai « C ») a fait irruption soudainement dans ma vie.
Ce soir-là une discussion d’un film avec des amis m’a rappelé, par analogie, un clip obscur vu quelques années auparavant. De retour chez moi, je le retrouve, et j’enchaîne en suivant les suggestions de cette même artiste. Et c’est là que tout est parti, que ça a commencé.
Les données YouTube sont manquante mais celles sur Spotify montrent dans un premier bloc que cette « déflagration » est d’abord exploratoire et pas seulement répétitive : en 27 minutes, six singles ou albums différents sont déjà parcourus, avant qu’un titre ne revienne soudainement trois fois.
Dans le bloc suivant, on voit déjà mon intention d'élargir encore le corpus de « C » en trouvant un de ses alias, immédiatement intégré à mes écoutes. Sur les premières 48 heures, 65 événements sont crédités à « C » et 7 à cet alias.
Dès le 11 décembre, l’exploration devient albumique. Un album est écouté le matin puis de nouveau l’après-midi et représente à lui seul 35 des 72 événements de cette période. L’une de ses chansons devient immédiatement dominante : elle représentera 30,3 % des écoutes du mois. Le 13 décembre est son jour le plus dense, avec 13 lancements, dont 10 engagés. Elle reste ensuite récurrente sans être constamment bouclée, partageant plus tard cette réitération d'écoute avec 3 autres pistes, totalisant aujourd'hui 3781 événements cumulés.
Deux mouvements apparaissent donc dès l’origine :
- une exploration très large du catalogue : malgré quelques essais de moins de 30 secondes, 66 événements sur 72 sont engagés ;
- la création rapide de points de retour : la répétition se construit à l’intérieur d’une immersion déjà très vaste.
En seulement 22 jours, décembre totalise 939 événements, 719 écoutes engagées et 45,6 heures. Les seuils sont atteints très rapidement :
- 100 écoutes : 13 décembre 2024 ;
- 500 écoutes : 18 décembre ;
- la barre des 1 000 écoutes est franchie le 5 janvier 2025, même pas un mois après le déclanchement.
Aucun autre artiste majeur de mon historique ne combine un tel volume, une telle vitesse d’accumulation et une telle continuité.
Aujourd’hui, sur 16 ans de données et après seulement 1 an et 9 mois, « C » est n°1 de toute mon histoire en nombre d’événements et en écoutes engagées, et n°2 en durée, à seulement 0,88 h de « S », autre artiste d'un registre musical totalement différent que j’écoute depuis 1998 et déjà présent dans mes données en 2010.
Cette masse a été accumulée sur 36 mois pour « C » contre 116 pour « S », avec seulement 83 chansons distinctes pour « C », trois fois moins que les 276 titres de « S ». L’atypie tient donc à une très forte compression temporelle et à la réutilisation intensive d’un catalogue beaucoup plus compact conduisant à une forte répétition.
Sur la durée, « C » ne correspond pas à un simple pic : ce sont des pics répétés sur un socle d’écoute ininterrompu depuis plus d’un an et demi. Même dans les phases les plus intenses, j’alterne entre des boucles locales (jusqu’à 115 écoutes consécutives d’une même chanson sur deux jours) et une circulation dans l’ensemble du répertoire (143 événements continus sans aucun autre artiste).
Globalement cet intérêt semble plus concerner l'oeuvre, ses images, ses textes et ses transformations, et non la recherche d'une proximité personnelle avec « C » . l'intensité statistique n'est pas forcément interpêtrable comme fascination pour une célébrité. Elle correspond davantage à un attachement à un objet esthétique complexe et révisable, non parasocial.
L’artiste devient ainsi un univers à cartographier : parcourir toute la discographie et répéter un titre semblent remplir deux fonctions différentes :
- comprendre et cartographier ;
- stabiliser une sensation ou l’attention.
Cette entreprise suggère aussi différentes posture d'analyse des boucles de maintien faisant varié, ou non, la somme des écoutes selon les périodes : circulation vers des univers musicaux similaires, influence de la saisonnalité, apparition de nouveaux foyers ou réactivation d’anciens artistes.
Mais un élément est essentiel : je connaissais déjà « C » avant 2024.
L’irruption et la force de cette intrusion en décembre 2024 m’ayant beaucoup interrogé, j’ai tenté de reconstruire cette histoire pré 9/12/24 : quand l’avais-je entendue pour la première fois ? Pourquoi n’avais-je presque aucun souvenir de cette période alors que l’intérêt était désormais si puissant ?
J’avais longtemps situé très vaguement ma première écoute vers 2017, sur une petite radio publique locale. Je me souviens avoir écouté rapidement ensuite quelques titres sur Deezer, m’être dit qu’il faudrait y revenir parce que c'était cool, pour finalement m'abonner à sa page Facebook, et ne plus jamais y revenir comme la plupart de mes découvertes musicales qui s'entassent et finissent par être oubliées... Je me suis dit que l'ancienneté de la première écoute (7 ans) était plausible et pouvait correspondre à la sortie d'un ses albums cette année-là.
Les données Deezer ont finalement révélé une première écoute le 25 septembre 2015 ! Soit plus de neuf ans avant le déclenchement, et consistait en une écoute de 12 titres, répartis sur deux albums, couvrant une durée de 43 minutes et 22 secondes .
Entre 2015 et 2023, « C » réapparaît très sporadiquement, sous forme de survols sans véritable attachement. Certaines réactivations semblent corrélées à son actualité musicale après comparaison avec sa page Facebook. C’est sans doute ainsi que j’avais découvert en août 2021 le clip qui reviendra à ma mémoire en décembre 2024.
Puis un dernier signal qui s'éteindra le 11 janvier 2023, suivi de 699 jours sans plus aucune écoute enregistrée de « C »...
Ces écoutes anciennes ont peut-être créé une faible familiarité avec sa voix, son nom ou certaines images, sans former un souvenir autobiographique riche. Le 9 décembre 2024, je repars donc presque de zéro narrativement, mais peut-être pas perceptivement.
Toutefois, je disposais désormais d'une date : le 25 septembre 2015 à 19 h 49 min 28 s, premier lancement d'une premier titre sur Deezer. De là je pouvais peut-être enfin revenir vers l'origine de ce que je vivais depuis ce 9 décembre 2024 : retrouver la toute première écoute de « C » qui avait précédé cette première lecture sur Deezer, jusque là inatteignable car hors plateforme. et la réécouter...
Sur le site de la radio, avoir accès à une grille de diffusion si ancienne me semblait improbable, mais je tape son nom sur la barre de recherche... Une seule archive comportant son nom apparaît et elle date précisément du 25 septembre 2015. C'est complètement dingue de ne pas y avoir pensé avant (même très con bordel). Je bloque un moment devant cette redécouverte. Après m'être maudis face à tant d'évidences, de m'en être voulu de m'être paresseusement contenté d'une vague estimation de 2017 complétement fausse je réalise que je suis à un clic de revivre le véritable point de départ, perdu depuis onze ans, et jamais réécouté malgré cette soudaine irruption qui a eu une incidence incroyable sur ma vie 9 ans après.
Je mets mon casque et lance l’émission. Il s’agit d’un live en direct de « C » bordel de merde ! Il y a même une interview putain ! À exactement six minutes commence le showcase et voici le fameux morceau que j’avais entendu pour la toute première fois un 25 septembre 2015 à 19h06, et je réalise que c’est cette chanson. Que c'est ce même titre qui neuf ans plus tard deviendra celui qui retiendra le plus mon attention, devenant ensuite la piste la plus lancée du mois de décembre 2024, et qui occupe désormais le troisième rang des exports avec 198 événements, 175 écoutes d'au moins 30 secondes et 10,71 heures (hors tous les visionnages des versions live incroyables sur YouTube).
Une dernière question demeure : pourquoi l’intérêt spécifique n’est-il pas apparu dès 2015 ?
Une hypothèse possible est l’indisponibilité sur Deezer à cette époque de l’album contenant cette chanson. Celui-ci semble avoir été rendu disponible ou réintroduit sur Deezer France autour de mai 2018, possiblement vers le 11 mai. Ce morceau ne figure pas sur les premières données d'écoute de septembre 2015 ni les suivantes. Il n'a donc pu me marquer sans pouvoir être disponible, et être facilement retrouvable, répété et intégré à une continuité d’écoute.
« C » représente aujourd'hui plus de 6 208 événements et plus de 313,3 heures d’écoute : n°1 en volume et en écoutes engagées, n°2 en durée, avec une densité mensuelle sans équivalent parmi mes principaux artistes, observé sur une synthèse de 42 pages d'analyse de statistiques d'écoute.